La jeune fille de Delft

12 07 2010

C’est dans la salle 15 du Mauritshuis de La Haye, le 9 juillet 2010 vers midi, que s’est produite la rencontre. A l’extérieur, dans une ambiance caniculaire, les drapeaux orange se déploient : la sélection des Pays-Bas prépare la finale de la coupe du Monde de football. Dans les rues commerçantes, c’est la course aux bonnes affaires : les soldes battent leur plein.

Loin de l’agitation d’une capitale, ils attendent, face à face, le paysage nuageux et la jeune fille lumineuse peints par Vermeer voici trois siècles et demi. J’entre et retiens mes larmes, pas le long frisson qui me traverse et que n’explique pas seulement l’air climatisé.

J’ai l’impression de ressentir un sentiment comparable à celui qui étreignit Proust devant la petite madeleine ou les clochers de Martinville, comme si “j’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel”, comme si se révélaient, se dévoilaient en même temps les mystères de  l’art et ceux de la vie, comme si art et vie s’unissaient soudain en un seul enchantement.

La vue de Delft immerge dans la Den Haag du vingt et unième siècle la Delft du dix-septième, le ciel brouillé invite au voyage : “vois sur ces canaux / dormir ces vaisseaux / dont l’humeur est vagabonde / c’est pour assouvir / ton moindre désir / qu’ils viennent du bout du monde”, écrit Baudelaire. Est-ce dans ce tableau que Magritte a puisé ses ciels, Monet ses reflets dans l’eau ? Impressionnisme et surréalisme affleurent déjà dans cette toile où se mêlent le rêve et la réalité, le monde sensible et son illusion. A droite, entre toit mansardé et tours à clochetons, le petit pan de mur jaune devant lequel Proust fait mourir Bergotte. A gauche, sur la grève, quelques personnages semblent regarder avec nous, comme nous invitant à traverser, à rejoindre l’autre rive.

Dans l’une de ces maisons bourgeoises, parmi les “meubles luisants / polis par les ans”, elle nous attend depuis trois cent cinquante ans, la jeune fille à la perle. Elle nous attend dans son éternelle jeunesse, enturbannée de bleu et de jaune. La porte a grincé à notre entrée. Elle se retourne et dit : “Ah, te voilà ?”

La perle à son oreille brille d’un bel orient, comme sa lèvre, comme ses yeux. La perle venue “du bout du monde”, née d’une huître comme la jeune fille d’un intérieur hollandais. La jeune fille de Delft parée comme une captive orientale qui nous sourit de son beau sourire triste à travers l’espace, à travers le temps.




Au revoir, Patrick…

1 07 2010

“Je me suis frotté les yeux. Je devais me rendre à l’évidence : à force de rêvasser j’avais dû m’assoupir. Le soleil avait entre-temps amorcé sa descente et viré à l’orange. Le banc était libre, la pelouse déserte. Mes amoureux, de même que les djambots, avaient eux aussi disparu.
Il était grand temps que je regagne mes pénates. Je me suis ébroué, j’ai refermé et empoché mon calepin, je me suis redressé, j’ai épousseté mon fond de culotte des brins d’herbe qui s’y étaient collés…
Tiens ! À trois pas de moi quelque chose brillait dans la pelouse. Un bouton de la vareuse du garde forestier ? Ou, plus prosaïquement, une capsule de bière
Jupiler-les-hommes-savent-pourquoi ? Je me suis avancé pour vérifier.
C’était une petite araignée en or. Je l’ai ramassée par sa chaînette et l’ai glissée précautionneusement dans mon calepin, où elle se recroquevilla en toute hâte car rien n’est plus farouche qu’une araignée.

Je décidai que celle-ci me servirait dorénavant de porte-bonheur.”


PATRICK VIRELLES, L’arbre à bonheur (ville de Mons, 2004 ; rééd. in Des nouvelles de Mons, Luce Wilquin 2010 .)

Notre ami Patrick a regagné ses pénates le 30 juin. Il est parti pour ses dernières grandes vacances,  dans ce pays d’enfance où feule un puma jaune parmi les soldats de plomb.

Si, comme l’a écrit Bachelard, « le paradis, à n’en pas douter, n’est qu’une immense bibliothèque », alors Patrick a connu son paradis sur cette terre.

Il nous laisse le souvenir de son amitié, des chants dans le jardin d’un vieil été, et pour porte-bonheur les araignées d’or de ses mots qui tisseront longtemps leurs toiles blondes derrière nos yeux.




Crac Boum Rue

21 06 2010

fête de la musique

le groupe s’appelle Crac Boum Rue

et ça déménage !




Pieds nus

14 06 2010

Je me souviens de Zola Budd, la coureuse sud-africaine aux pieds nus - et de Sandie Shaw, la “chanteuse aux pieds nus”.





Danse

5 06 2010

Dour - samedi 5 juin 2010

cette après-midi

j’ai vu les arbres danser

avec la lumière




Qui dort dîne

14 05 2010

Je me souviens qu’il m’a fallu longtemps pour découvrir qu’un jeu de mots était caché dans le nom de Kid Ordinn, le stupide compagnon de Chick Bill.




Apothème

13 05 2010

Je viens de me souvenir de ce mot : apothème.




Anche

4 05 2010

Ceci n’est pas une écorce de bouleau. Un tronc, peut-être, où déposer l’obole pour les démineurs démembrés qui ne peuvent plus montrer du doigt la direction des souvenirs d’enfance.

Ceci n’est pas un fût de colonne dorique, ionique ou corinthienne. Un pansement Vanderplast, peut-être, où emballer le doigt blessé, coupé par l’explosion du raisin piégé.

Ceci n’est pas un flacon de parfum Vanderbilt. Tout juste une publicité mensongère pour une essence chinoise frelatée, fumée d’opium ou de havane.

Ceci n’est pas une partition retrouvée de Vincent d’Indy. Mais j’y vois la musique tout entière, et la clarinette de Benny Goodman lance vers le ciel bleu la première note glissée de la Rhapsody in Blue.




Chevreuils

4 05 2010

saoulés de bourgeons

ils me regardent passer

les chevreuils curieux

N’ayant pas réussi jusqu’à présent à photographier un chevreuil, j’illustre ce haïku vécu hier dans le bois fleuri de jacinthes par ce dessin de Pierre Renard qui, dans Pruine du temps, ornait un haïku hivernal :

chevreuils qui déboulent

silhouettes fugitives

dans le bois dormant




Herbier

17 04 2010

souvenir d’herbier

rayonnant dans la lumière

cardamine des prés






Page 1 de 3012345»...Fin »