Norma, roman : lecture de Chantal Portillo

28 07 2008

Les mots ont vaincu le désert… écrit Daniel Charneux dans le prologue de ce roman.
Imaginez Norma Jean Baker, dite Marylin Monroe, assise dans son fauteuil d’osier, vieille femme fatiguée qui dodeline de la tête en ressassant ses souvenirs de poupée de chiffon, d’idole fauchée qui a choisi de se réfugier dans le désert de Mojave. Il fallait au moins ça pour accepter d’être celle que l’on ne photographie plus, qu’on ne voit plus. Une étoile éteinte. Rien qu’une vieille femme fatiguée qui soliloque.
Ce beau texte, à la langue travaillée comme une parure de Norma, l’autre, celle de Bellini, la grande prêtresse druidique trahie par l’amour et chantée par Maria Callas, est une méditation sur le temps, celui qui passe, celui qui nous terrasse. Qui nous dépouille de la grande illusion de l’image que nous espérions renvoyer. Pour ne plus être qu’humain…fragile et lourde… Histoire cueillie au creux des mains recroquevillées de Norma, histoire racontée à ce fils qu’elle a tant souhaité et qu’elle aurait pu avoir si… Et elle lui parle à ce fils… comme à un père…Et comme il a su trouver les mots pour dire et Norma, et Marilyn. Et comme il fallait sans aucun doute l’aimer. Fort.
Les mots ont vaincu le désert
Mots ultimes. Mais qui d’autre, et quoi d’autre pourraient le vaincre ce désert, celui dans lequel nous croyons nous réfugier, celui que nous portons ? Mots pour nous donner peut-être l’espoir de nous rejoindre… ceux de Daniel Charneux.

Chantal Portillo, romancière.



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