Absence

11 08 2008

En 25 ans de carrière, Monsieur Lucien ne s’était jamais absenté.

Long et maigre, le front ridé, l’œil vif, le collier de barbe net, il portait beau. Mais, bien sûr, ses élèves le surnommaient affectueusement « Barbe à poux ».

Toujours fidèle à son poste, il enseignait la poésie à des jeunes gens turbulents qui se demandaient parfois à quoi ça pouvait bien servir de savoir que Hugo était romantique, Verlaine alcoolique, Rimbaud voyant. Ils étaient hermétiques à la poésie, comme la poésie de Mallarmé était hermétique à leur lecture.

Et puis, Monsieur Lucien leur avait proposé d’en écrire une, de poésie.

Pour un concours.

Ils avaient cherché des idées en écoutant de la musique, ils avaient échangé leurs images, ils avaient lancé des premiers jets dont ils étaient assez contents.

Ils évoquaient l’amour comme Hugo, la mélancolie comme Verlaine, l’évasion comme Rimbaud. Et leurs mots n’étaient pas hermétiques. Mais ce n’étaient pas vraiment leurs mots. Ils empruntaient au vieux stock des grands mots abstraits et trop beaux, alors que la poésie se tisse souvent de petits mots concrets et simples auxquels on cherche à faire rendre un son neuf.

Ils avaient donc tenté de gommer leurs vieux mots ronflants, usés, abstraits pour les remplacer par de jeunes mots légers, tout frais, concrets. Ils disaient la soie, l’amande et l’érable, la pomme croquée, le papier froissé, le miel et le sable. Et les textes étaient presque prêts.

Et puis, Monsieur Lucien s’était absenté. Brusquement, sans crier gare. Or, en 25 ans de carrière, Monsieur Lucien ne s’était jamais absenté.

Si bien que parmi ses élèves, quand on annonça qu’il serait absent dix jours, personne ne poussa les habituels cris de joie.

C’est qu’il leur avait préparé un petit mot où il disait :

« Chers élèves,

Je vais devoir m’absenter quelques jours. Profitez-en pour fignoler vos poèmes. Ils sont BEAUX. Faites tourner, lisez, corrigez, discutez… faites ce que j’aurais fait moi-même ; vous en êtes CAPABLES. Pensez au CONCRET, à la MUSIQUE, à la VERITE… »

Et ce message leur avait paru grave. Et personne n’avait songé à se réjouir. Et puis, ils ne savaient pas jusque-là qu’ils étaient chers à Barbe à poux.

Et les hypothèses sur sa disparition allaient bon train. Il aurait reçu un éclat de rire en plein cœur. On l’aurait aperçu, dans le jardin d’un notaire, caressant un hêtre pourpre. Il aurait perdu le sommeil une nuit de pleine lune, frappé en plein front par un rayon blanc.

Et les élèves commencèrent à se relire. Et les textes progressaient bien. Et un gros paquet fut ficelé et transmis à Monsieur Lucien.

Le lendemain, le professeur de néerlandais leur annonça qu’il leur ferait une leçon de poésie. Il leur distribua un mot de la part de M. Lucien :

« Chers élèves,

J’ai bien reçu vos poèmes. Je les trouve très bons. Vous avez bien suivi mes conseils. Vous êtes sur la bonne voie.

Certains ne m’ont rien envoyé. Peut-être par manque de temps. Peut-être par gêne (« Mon texte ne sera pas assez beau pour le concours, etc. »)

Ceux-là doivent savoir que le concours n’est pas un but mais un MOYEN. Un moyen de quoi ? Je vous le dirai dans quelques lignes. Sachez seulement que j’ai obtenu du jury un délai supplémentaire pour permettre à chacun de terminer son texte et de me le faire parvenir. Beaucoup sont déjà présentés en traitement de texte. J’aimerais qu’ils le soient tous. Puis, soyons modernes ! Envoyez-moi tout ça par courriel à l’adresse : lucien77@yahoo.fr. Comme ça, si j’ai une remarque, je pourrai vous la faire directement (si vous faites vite).

Maintenant, la poésie est un moyen de quoi ? De s’exprimer ? Oui, bien sûr. Mais on peut s’exprimer aussi par la chanson, la musique, le dessin, le tag…

En réalité, la poésie est un travail de chercheur d’or : il s’agit d’aller chercher au fond de nous l’or qui, sinon, ne servirait à rien.

Et à quoi sert l’or ? Réfléchissez. Echangez vos idées. Vous avez trouvé ?

Bien sûr, l’or, ça sert à faire briller les yeux. C’est si évident que, peut-être, vous n’y aviez pas pensé. »

Monsieur Lucien donnait alors en exemple le texte d’une jeune fille, un poème plein de pépites d’or, qui disait : « Son regard illumine mon cœur de cent mille faucons en feu. »

Et : « la douceur de ton charme accélère les mésanges de ma pensée. »

Et encore : « C’est un amour qui fleurit à la douceur de la nuit, la pluie a une couleur foncée de cuir, la pluie est un poison de tomate qui s’est transformé en parfum de bon pain apprécié par tous. »

Mais aussi : « La vue d’un coucher de soleil brillant sur la mer élastique me rappelle ton visage en poire et tes yeux en amande, et le rire d’une fleur me rappelle ton odeur fraîche. »

Et tout cela était très beau bien sûr.

Et leurs yeux avaient brillé.

Mais un peu trop, peut-être. Car ce texte, d’après Monsieur Lucien, contenait un peu trop d’or. Emel avait trouvé un bon filon, mais elle avait remonté trop de pépites. Il fallait donc que le chercheur d’or soit aussi un peu orfèvre. Qu’il élimine la terre, qu’il trie, qu’il lime, qu’il rabote.

Et Monsieur Lucien proposait quelques corrections :

La mélancolie mélange

les émotions de lavande

qui montent du profond de mon âme.

C’est un amour qui fleurit

à la douceur de la nuit,

la pluie a la couleur foncée du cuir,

la pluie est un poison de tomate qui se transforme en parfum de bon pain.

Le coucher de soleil sur la mer élastique

me rappelle ton visage en poire et tes yeux en amande,

et le rire d’une fleur me murmure ton odeur fraîche.

Puis, il concluait : « Vous avez lu ? Vos yeux ont un peu brillé ? Un peu plus, peut-être, que la fois précédente ? Pourquoi ? Parce que trop d’or, ça dévalue l’or. C’est une loi économique. Et une loi poétique. Donc, j’ai enlevé toutes les pépites un peu trop voyantes et j’ai remplacé l’un des deux verbes « rappelle » par « murmure ». C’est le seul mot que j’ai introduit dans le texte. Tous les autres étaient déjà dans la première version, mais j’ai un peu limé, poli, poncé. Et organisé en lignes, en vers, si vous préférez, le texte qui était d’abord en prose.

Vous avez compris ?

C’est simple, il ne vous reste plus qu’à réaliser ce travail d’orfèvre avec vos propres textes. Je les attends dans ma boîte à messages. »

Et la boîte à messages de Monsieur Lucien avait fleuri de poèmes et de témoignages de sympathie. Et un gros paquet de textes avait été préparé par les élèves et envoyé au concours.

Il rentra un lundi. Ce matin-là, il donnait cours à quatre classes différentes.

A la première heure, quand il entra dans son local, il y eut un moment de stupeur : Barbe à poux n’avait plus de barbe.

Des joues nettes, nues, glabres, un peu roses, un peu luisantes qui lui donnaient des allures de gamin. Plus la moindre trace du collier !

Quand on lui demanda pourquoi il s’était absenté, il répondit :

« En fait, je ne suis pas Monsieur Lucien. Je suis son remplaçant. »

Comme on s’étonnait, comme on le charriait un peu, il reprit :

« Observez-moi bien : Monsieur Lucien était barbu, n’est-ce pas ? Et je ne suis pas barbu. Et puis, je suis aussi un peu plus mince. »

Et c’est vrai qu’il était un peu plus maigre encore, que sa graisse avait encore un peu fondu, qu’on le sentait plus sec, plus dur, plus vif peut-être.

« Oui, je suis son remplaçant. Mais un remplaçant un peu particulier. Comme vous le savez sans doute, l’Education nationale connaît depuis quelques années une crise des vocations, un peu comme l’Eglise. Plus de prêtres, plus d’enseignants. On s’est penché sur le problème en haut lieu, et des chercheurs ont trouvé la solution : le clonage. Vous avez compris, je suis le clone de Monsieur Lucien. Vous avez devant vous le premier clone remplaçant. »

Ils étaient encore pour le moins sceptiques, les élèves, alors le remplaçant, ou Barbe à poux, enfin Barbe à poux sans barbe (et sans doute aussi sans poux, car il n’avait plus guère de cheveux), alors donc le professeur reprit :

« Monsieur Lucien est dans un coma prolongé. Son absence sera probablement très longue. Les spécialistes du CHEN (Clonage Humain appliqué à l’Education Nationale) ont prélevé une cellule de son foie, l’ont clonée, puis ont appliqué pour la première fois à l’embryon la méthode de l’accélérateur de particules. C’est assez risqué mais qui ne risque rien n’a rien. Grâce à ce traitement de choc, l’individu se développe extrêmement vite, puisqu’il prend en moyenne six années par jour. En moyenne seulement. Au début, c’est très lent, puis la courbe d’accélération s’intensifie prodigieusement et, vers la fin du développement, ralentit tout aussi brusquement pour atteindre à terme la vitesse normale de vieillissement, sinon le clone deviendrait un vieillard en quelques jours. Cette décélération finale (que les chercheurs du CHEN appellent « rentrée dans l’atmosphère » par comparaison avec les vols spatiaux) constitue la phase la plus dangereuse du processus et recèle toujours d’imperceptibles erreurs de calcul. C’est ainsi que ma croissance a duré huit jours – car Monsieur Lucien avait, enfin a, 48 ans – mais une petite erreur dans la phase de décélération fait que je me suis arrêté quelques semaines avant, peu avant les fêtes de fin d’année, où votre professeur avait un peu abusé de la bonne chère. Si bien que je vous parais sans doute un peu plus jeune, un peu plus mince. N’est-ce pas vrai ? »

Un grand silence s’était installé sur la classe.

« Et la barbe, osa demander Ambre, il était barbu, Monsieur Lucien ? »

« Même qu’on l’appelait Barbe à poux, osa lancer Massimo, sans susciter d’autres rires que ceux de quelques piliers de radiateurs ? »

« Pour la barbe, c’est aussi le résultat d’une légère erreur dans la phase de programmation. Car vous songez bien que le clone obtenu possédait tout de M. Lucien, sauf sa pensée, qui n’est pas le résultat d’une croissance physique mais de tout un apprentissage : Monsieur Lucien avait appris toute sa vie et continuait à apprendre. Il a donc fallu télécharger toutes les données emmagasinées dans son cerveau et les transférer vers mon cerveau à moi, comme quand vous « downloadez », comme vous dites, des fichiers musicaux ou autres d’un disque dur à un autre. Quelques fichiers ont mal été téléchargés, voire pas du tout. Par exemple, la connaissance des prénoms ou l’amour de la barbe. Si bien que je ne me reconnaissais pas en me regardant dans un miroir. Les psychologues du CHEN ont donc accepté que je me rase. Tu comprends, Benoît ? »

Un rire général accueillit ce prénom : c’est que l’élève interpellé s’appelait Benjamin. Le nouveau Monsieur Lucien avait bien assimilé le début de son prénom, mais pas la fin. Il faudrait s’y faire. « Si tu permets, je t’appellerai Ben, conclut le prof. »

A la deuxième heure, quand il entra dans son local, l’absence de barbe ne suscita guère de réactions : c’est que les nouvelles vont vite, dans une école.

Mais, bien sûr, on lui demanda tout de suite pourquoi il s’était absenté – ne serait-ce que pour perdre un peu de temps – à quoi il répondit :

« Vous n’aviez pas remarqué que je m’étais coupé la barbe durant mon absence ? Eh ! bien, figurez-vous que je me suis coupé en me rasant. Oui, je me suis coupé la tête ! »

Comme on s’étonnait, comme on le charriait un peu, il reprit :

« J’avais décidé de faire sauter cette barbe encombrante et vieillotte qu’il fallait retailler au cordeau tous les matins. Et, bien sûr, le rasoir tranchait comme un sabre. Et, comme d’habitude, j’étais un peu distrait. Quand j’ai remarqué que je m’étais coupé la tête, je l’ai immédiatement mise sous mon bras et j’ai couru à l’hôpital le plus proche. Vous savez que je cours assez bien – c’est d’ailleurs pour ça que je suis si mince – et je n’ai même pas songé à prendre la voiture : les autres automobilistes se seraient inquiétés de voir un conducteur qui n’avait pas sa tête à lui.

Donc, j’ai couru les trois kilomètres de descente qui me séparent de l’hôpital le plus proche avec ma tête sous le bras. C’était un petit matin de février, le jour n’était pas encore levé, la lune brillait dans le ciel.

Il faut dire que ce n’est pas facile de courir, par une nuit de pleine lune, avec une tête sous le bras – la sienne de surcroît. Et puis, je me croyais poursuivi par une ID noire. Vous ne vous souvenez pas de ces voitures de mon enfance : la Citroën DS et sa sœur l’ID. Leurs carrosseries étaient identiques mais la DS possédait un moteur de 2,1 litres ; l’ID, de 1,9. Elles arboraient sur le capot arrière les deux chevrons de la marque, mais la DS les avait dorés, l’ID argentés.

Donc, j’avais des ID noires derrière la tête, j’ai voulu les semer… et j’ai perdu la tête. Comme la route de l’hôpital est en pente, elle s’est mise à rouler, à rouler de plus en plus vite en faisant des bonds de plus en plus haut, comme une balle magique, et j’avais beau courir, je n’allais jamais assez vite, et un dernier grand bond l’a envoyée rejoindre la lune. J’étais définitivement dans la lune. Il me fallait à tout prix une nouvelle tête.

Quand je suis arrivé aux urgences, ils m’ont fait un peu patienter.

« Oui, c’est pourquoi ? m’a dit une infirmière au bout de quelques minutes ?

« C’est pour une tête ; j’ai perdu la mienne et voudrais m’en faire greffer une nouvelle.

« Je vais voir ce que nous avons en stock. »

Et elle est revenue poussant un chariot d’aluminium où étaient alignées, sur des présentoirs, une série de têtes remarquables.

Elle m’a proposé toute la série, mais aucune ne me satisfaisait. Il y avait une tête de bétail dont les yeux étaient assez beaux, mais ça m’aurait fait ruminer mes idées noires, peut-être ; une tête de mort, mais j’avais encore le temps, et puis ma devise n’était-elle pas : « Je voudrais mourir vivant ? » ; une tête de turc, mais je ne tenais pas à être la risée de mes élèves en rentrant à l’école ; une tête-bêche, mais j’avais du mal à m’imaginer à chacune de mes sorties au jardin, me précipitant tête baissée pour fouir la terre comme une taupe ; une tête chercheuse, mais j’aurais eu la sensation d’avoir toujours perdu quelque chose sans savoir quoi, me répétant comme un refrain : « Qu’est-ce que je cherche ? Bon sang, qu’est-ce que je cherche ? » ; enfin, une superbe tête à claques, mais je trouvais que c’était plutôt une tête pour un élève. Les profs ont rarement des têtes à claques, pensais-je. »

Alors, j’ai dit à l’infirmière : « Si ce n’est pas du dérangement, Madame, j’aimerais autant récupérer ma tête. Avec les progrès de la science et des OGM, ça doit être possible, non ? »

« Oui, mais ce sera plus cher. »

« Oh ! mais ma tête m’était très chère ; j’y mettrai le prix qu’il faudra, madame. Et puis je suis bien assuré. »

« Vous me rassurez. Dans ce cas, nous allons lancer le processus de clonage accéléré. Puis, nous vous grefferons votre propre tête. L’avantage du procédé est que nous conserverons le corps de votre clone par cryogénie, vous aurez ainsi une banque d’organes complète pour les coups durs à venir. Enfin, pour gagner un peu de temps et d’argent, je vous propose de renoncer à l’option barbe. Car je vois sur votre carte d’identité que vous étiez barbu, n’est-ce pas ? »

« D’accord, madame, va pour l’option glabre. Ça fait longtemps que j’avais envie de changer de tête. Et comme ça, mes élèves ne pourront plus me surnommer Barbe à poux. »

Huit jours plus tard, Monsieur Lucien avait la tête bien plantée sur les deux épaules et pouvait compter sur une complète banque d’organes parfaitement compatibles.

A la troisième heure, quand il entra dans son local, on lui demanda tout de suite pourquoi il s’était absenté – ne serait-ce que pour savoir ce qu’il allait dire cette fois, car les nouvelles vont vite, dans une école, et l’on avait eu vent des deux premières hypothèses. A quoi il répondit :

« Comme j’avais de fréquentes céphalées, les médecins ont pratiqué sur moi un scanner de la boîte crânienne, et ils ont constaté que j’avais le cerveau trop gros pour mon petit crâne (vous avez remarqué que, malgré ma haute taille, je ne coiffe que du 57 ?) d’où ils ont subtilement déduit que mes maux de têtes étaient dus à la pression du cerveau sur la paroi de la boîte crânienne. Bien sûr, j’aurais pu m’en accommoder, mais, si le tableau clinique évoluait, je risquais d’attraper une maladie terrible quoique assez répandue : « la grosse tête ». Or, une grosse tête sur un corps long et mince comme le mien, pour un enseignant, ça aurait prêté au ridicule. On m’aurait pris pour un phénomène de foire, pour un géant de carnaval.

Il a donc fallu me curer la tête, éliminer des cellules du cerveau par les oreilles et les narines, comme pour préparer les momies à l’embaumement. Je me sortais littéralement par les trous de nez. Il s’échappait de moi une matière noirâtre que je mouchais longuement. A l’analyse, il s’avéra que j’avais souvent respiré, enfant, les échappements des ID noires (mon oncle en avait possédé trois), et les ID noires, c’était très dur à avaler ! Puis, on a curé par les oreilles, et là, ils ont ressorti tout ce que j’avais entendu récemment et qui m’avait gonflé le cerveau : les mensonges, les fausses vérités, les récriminations, les jérémiades, les promesses non tenues, les « toujours » éphémères, les déclarations sur l’honneur, les salutations distinguées, les meilleurs sentiments, les coups de canif dans les contrats, les coups de poignard dans le dos…

Et ça m’a fait du bien. Et me voici devant vous, en pleine forme. Mais trêve de bavardage, nous allons tout de même commencer le cours. »

« La barbe… »

« Comment ? Nous allons seulement commencer et tu t’ennuies déjà, Carole ? »

« Non, je me demandais… Monsieur, si vous permettez, qu’est devenue votre barbe ? »

« Bonne question ! Figure-toi qu’en me curant la tête, on a touché au centre de l’amour des barbes, barbiches, moustaches et autres ornements pileux, que je ne peux plus voir en peinture. »

« Vous êtes mieux comme ça, Monsieur, vous faites plus jeune. »

« Lèche-bottes » prononça quelqu’un de manière à peine audible.

Et puis, comment allons-nous le surnommer, se demandaient les cancres ?

A la quatrième heure, après la récréation, quand il entra dans son local, on lui demanda tout de suite pourquoi il s’était absenté – car, à la récréation, les nouvelles s’étaient répandues comme une traînée de poudre et  les trois hypothèses amplement commentées, disséquées, décortiquées. A quoi il répondit :

« Bon, j’ai perdu assez de temps. Je ne répondrai plus à une seule question sur ce sujet. Mais je voudrais vous féliciter pour les poèmes envoyés au concours et vous dire que vous avez tous déjà gagné. »

L’enthousiasme général retomba un peu quand il annonça : « Oui, vous avez gagné votre propre texte, ce qui est la plus belle des victoires pour un écrivain : la victoire sur la page blanche. »

Et on commença à le regarder autrement.

Et quand il termina : « A vous, je vais dire la vérité, toute la vérité. Car dans les autres classes, je me suis embrouillé avec des mensonges très vraisemblables mais néanmoins paradoxaux qui risquent de nuire à mon image de marque. Donc, voici la seule et l’unique vérité sur mon absence… »

Un suspense insoutenable brillait dans les yeux.

« La vérité, c’est que… »

On n’entendait pas une mouche voler. D’ailleurs, il n’y avait pas encore de mouches car on n’était qu’en février.

« La vérité, c’est que les grandes personnes ont aussi leurs secrets. »

Et il fut immédiatement surnommé : « Tête à claques ».



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Une réponse à “Absence”

11 08 2008
mop (18:35:58) :

Ce cher Lucien ! toujours embarqué dans des aventures qui ne sont pas toujours “zen”… la victoire sur la page blanche… l’écart et la trace.

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