L’herbe rose

10 08 2008

Ce récit a été rédigé au cours d’un atelier d’écriture consacré à Boris Vian.

Comme son aéropull était en panne, Bill décida qu’il prendrait l’éoliptère pour se rendre chez Millie. D’ingénieux ingénieurs avaient enfin résolu les problèmes de pollution en mettant au point cet astucieux moyen de transport qui se mouvait grâce à la seule énergie éolienne. Le problème était qu’une fois posé, l’appareil ne pouvait redémarrer que très difficilement car ses ailes géantes l’empêchaient de prendre son élan. C’est pour cela que de lettrés bureaucrates l’avaient baptisé : ” l’Albatros “.

Il fallait donc y entrer et en sortir en plein vol, ce qui limitait son emploi à des voyageurs jeunes et plutôt athlétiques. Les arrêts étaient sis au dernier étage des immeubles les plus hauts. Les candidats à l’éoliptère revêtaient un harnais spécial, pourvu d’un solide crocheton. Au passage de l’Albatros, un filin en était lancé, muni d’un puissant mousqueton. Le mousqueton solidement arrimé au crocheton, le passager (ou plutôt le futur passager) était éolitreuillé jusque dans l’appareil. Pour débarquer, c’était encore plus simple : un saut en parachute, un atterrissage en douceur, et le tour était joué. On pouvait quitter l’éoliptère à tout bout de champ via un sas pressurisé, ce qui représentait un indéniable progrès.

Bill se réjouissait de retrouver Millie, qui fêtait l’anniversaire de son chien, un superbe renifle-cul à poil ras, singulièrement attachant, répondant au nom de Kiki. Répondant une fois sur deux, précisons-le  par souci de véracité, car l’animal était plutôt capricieux.

Bill portait dans son élégant sac à dos le cadeau qu’il avait choisi pour Kiki, un nonosse géant à l’alléchante odeur de barbaque synthétique. Quand il aperçut l’herbe rose du petit jardin en forme de cœur qui jouxtait la maisonnette où Millie résidait, il assujettit son parachute, pénétra dans le sas pressurisé, déclencha la trappe d’une pesée du majeur sur le bouton ” OUT “.

Manque de bol, le vent le poussa juste un peu trop loin et il atterrit au beau milieu de l’élevage de renifle-culs où Millie avait acheté Kiki quelques années plus tôt.

Les cent quatre-vingt-deux sympathiques animaux de compagnie présents dans l’enclos se ruèrent ensemble, attirés par la bonne odeur du nonosse géant.

Quand on lui rapporta le squelette bien nettoyé de Bill, Millie écrasa une larme : l’anniversaire de Kiki s’annonçait mal, cette année. Il n’avait pas mérité ça !



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