– La vérité, la vérité !

« – La vérité, la vérité !
– La vérité, me direz-vous, est souvent froide, commune et plate ; par exemple, votre dernier récit du pansement de Jacques est vrai, mais qu’y a-t-il d’intéressant ? Rien.
– D’accord.
– S’il faut être vrai, c’est comme Molière, Regnard, Richardson, Sedaine ; la vérité a ses côtés piquants, qu’on saisit quand on a du génie.
– Oui, quand on a du génie ; mais quand on en manque ?
– Quand on en manque, il ne faut pas écrire. »
 
Diderot, Jacques le Fataliste et son maître.

Je me souviens… Et si «Je» était un autre ?

Une page du manuscrit de « Maman Jeanne »

Le 7 mai 2017, dans le cadre de la journée «L’Arbre à Palabres», j’animerai au foyer Culturel de Saint-Ghislain un atelier d’écriture sur le thème : « Je me souviens… Et si «Je» était un autre ? »

Ce sera de 10h à 12h (pour l’écriture), et de 12h30 à 13h (pour la lecture de vos textes au pied de l’arbre).
 
Je me souviens, un ouvrage de Georges Perec recensant 480 souvenirs banals (ou moins), communs aux individus d’une certaine tranche d’âge : «Je me souviens des scoubidous ; je me souviens du grand orchestre de Ray Ventura…». Nous ajouterons quelques lignes à cette énumération.
Puis nous observerons quelques objets anciens, instants de vie qui nous projetteront dans un «je» mi-réel, mi-rêvé.
À partir de ces bribes, nous déboucherons sur la narration. Nous écouterons un personnage nous conter ses confidences, bien proches, peut-être, de nos propres réflexions.
 
Inscriptions obligatoires au Foyer Culturel de Saint-Ghislain 37 Grand’Place [065/80.35.15 – (places limitées)]

Perce-neige

Je retrouve ce texte de 1998 :

Dans son écrin de mousse sage et folle, sous son diadème boréal, Amaryllis, princesse de l’hiver, tire sa vie du matin pâle. Attirante comme un pôle, parmi ses sœurs en robes de communiantes, elle offre au promeneur son triple éclat de perle. Papillon de nacre posé sur une tige de bambou grêle, elle cache sa gousse au profond de la terre. Fière de ses décors d’aquarelle, de ce liséré tendre au bord de sa dentelle, du grelot pâle aux lèvres vertes sculpté comme une tiare dans la prédelle d’un retable,  elle attend de pied ferme, avec ses six épines jaunes, la visite goulue de la première abeille.

Espace Nord

couverture-definLa collection patrimoniale Espace Nord, créée en 1983, accueillera bientôt son 353titre, un volume qui regroupera Nuage et eau et Maman Jeanne. Une belle reconnaissance pour deux romans qui furent finalistes, l’un du Rossel, les deux du Rossel des jeunes et du Prix des lycéens. Sortie prévue en janvier 2017.

Goutte de Lait

goutte-laitToutes les femmes, oui, je me souviens. Toutes ces femmes rassemblées pour la photo, à la Goutte de Lait. Toutes ces femmes pauvres comme encombrées de leurs mômes, une cinquantaine, je me souviens du jour où ils ont pris la photo, je me souviens de toutes ces femmes dont presque aucune ne souriait, l’air déjà vieilles avec leurs habits noirs, l’air de grands-mères avec leur bébé sur les bras, comme encombrées dans leurs châles, leurs chapeaux. Pas une ne souriait, ou presque. Pas une qui regardait son enfant, ou alors une seule, au dernier rang, je me souviens de la photo, je l’ai longtemps gardée dans mon sac à main, toutes les mères l’avaient reçue, ils voulaient, peut-être, nous accrocher à nos enfants, créer des liens, oui, peut-être qu’ils voulaient faire de nous des mères, de bonnes mères. Une seule regardait sa petite fille mais sans sourire, comme préoccupée, comme se demandant ce qu’elle allait en faire, ce jour-là et tous les autres. Toute la…

Elle s’arrête. Le mot vie est trop fort pour elle. Elle prend une poupée de chiffons.

(Maman Jeanne, éd. Luce Wilquin, 2009)