Au revoir, Patrick…
1 07 2010
“Je me suis frotté les yeux. Je devais me rendre à l’évidence : à force de rêvasser j’avais dû m’assoupir. Le soleil avait entre-temps amorcé sa descente et viré à l’orange. Le banc était libre, la pelouse déserte. Mes amoureux, de même que les djambots, avaient eux aussi disparu.
Il était grand temps que je regagne mes pénates. Je me suis ébroué, j’ai refermé et empoché mon calepin, je me suis redressé, j’ai épousseté mon fond de culotte des brins d’herbe qui s’y étaient collés…
Tiens ! À trois pas de moi quelque chose brillait dans la pelouse. Un bouton de la vareuse du garde forestier ? Ou, plus prosaïquement, une capsule de bière Jupiler-les-hommes-savent-pourquoi ? Je me suis avancé pour vérifier.
C’était une petite araignée en or. Je l’ai ramassée par sa chaînette et l’ai glissée précautionneusement dans mon calepin, où elle se recroquevilla en toute hâte car rien n’est plus farouche qu’une araignée.
Je décidai que celle-ci me servirait dorénavant de porte-bonheur.”
PATRICK VIRELLES, L’arbre à bonheur (ville de Mons, 2004 ; rééd. in Des nouvelles de Mons, Luce Wilquin 2010 .)
Notre ami Patrick a regagné ses pénates le 30 juin. Il est parti pour ses dernières grandes vacances, dans ce pays d’enfance où feule un puma jaune parmi les soldats de plomb.
Si, comme l’a écrit Bachelard, « le paradis, à n’en pas douter, n’est qu’une immense bibliothèque », alors Patrick a connu son paradis sur cette terre.
Il nous laisse le souvenir de son amitié, des chants dans le jardin d’un vieil été, et pour porte-bonheur les araignées d’or de ses mots qui tisseront longtemps leurs toiles blondes derrière nos yeux.
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