temps figé soudain
le surplace de l’aiguille
si longues secondes
Un nouveau livre sort aujourd’hui grâce aux éditions Audace. Les bénéfices générés par la vente de ce recueil seront versés à l’association “Camps Valentine” qui offre des séjours en montagne à des enfants atteints de la leucémie.
Soixante haïkus, comme les soixante secondes d’une minute.
Soixante moments recueillis, illustrés par mon ami Salvatore Gucciardo
qu’accueille la collection “Terre d’Asile”, comme la Belgique accueillit
l’année de ma propre naissance ce citoyen d’Agrigente.
Merci à Salvatore,
merci à Pierre Bragard qui a l’audace d’éditer des livres,
merci enfin à Colette Nys-Mazure à l’amitié de qui je dois cette belle préface :
Peut-on préfacer un ensemble de ces poèmes faits de rien que sont les haïkus ? J’en doute. Ce sont des vers « sur le sort duquel il convient (…) de ne pas s’appesantir longuement » ainsi que l’écrivait Francis Ponge du cageot.
Dire qu’on ne va rien dire et malgré tout tenter de mettre en lumière la puissance du mystère, voire de l’énigme, que proposent la poésie japonaise et, à son image, quelques disciples occidentaux captivés par ce défi. Oser suggérer que tout bouge et cependant demeure, qu’un vol d’oiseaux fugitifs laisse un sillage, une trace ; deviner le microcosme dans le détail apparemment frivole ; vivre chaque saison et son lot de métamorphoses, tout en esquissant l’arrière-plan. L’aire du rêve.
Le propre de l’art est de reprendre inlassablement la matière commune offerte à tous et de la remodeler selon la vision unique de l’artiste. Après tant d’autres, Daniel Charneux relève le gant ou plutôt la plume ; il s’efforce d’oublier la rhétorique et le sentimentalisme d’une certaine poésie française pour concentrer l’attention, endiguer l’émotion et tenir les mots dans le plus petit espace possible.
Un de mes haïkaï préférés est celui d’Issa, le poète japonais de la fin du XVIIIe siècle : « Dans ce monde / Nous marchons sur le toit de l’enfer / Et nous regardons les fleurs. » À sa façon, Daniel Charneux essaie de maintenir ensemble les deux extrêmes, de n’être infidèle ni à la beauté ni à la misère de l’univers.
« Lent ballet de bulles / frissons bleus sur l’onde verte / la houle du lin » Ainsi réussit-il à saisir l’instant, à l’immobiliser tel un papillon sans briser son essor.
Colette Nys-Mazure