Perce-neige

Je retrouve ce texte de 1998 :

Dans son écrin de mousse sage et folle, sous son diadème boréal, Amaryllis, princesse de l’hiver, tire sa vie du matin pâle. Attirante comme un pôle, parmi ses sœurs en robes de communiantes, elle offre au promeneur son triple éclat de perle. Papillon de nacre posé sur une tige de bambou grêle, elle cache sa gousse au profond de la terre. Fière de ses décors d’aquarelle, de ce liséré tendre au bord de sa dentelle, du grelot pâle aux lèvres vertes sculpté comme une tiare dans la prédelle d’un retable,  elle attend de pied ferme, avec ses six épines jaunes, la visite goulue de la première abeille.

Les impasses de la rue Hors-Château

« Ils avaient eu de bons moments, de belles années, de longues années de bons moments, dans les premiers temps de leur mariage, se promenant alors main dans la main, bras dessus bras dessous, jeunes, jeunes et rieurs, dans le Liège des années cinquante, longeant les quais, traversant le passage Lemonnier, s’insinuant dans les ruelles de Hors-Château, entrant dans un cinéma, dans une librairie, dans un café du Carré. »

(Comme un roman-fleuve, Éd. Luce Wilquin, 2012)

GR

Puis j’emprunte, pour la première fois depuis mon départ, l’un de ces chemins dits « de Grande Randonnée » que j’aurais plutôt tendance à fuir car je risque plus qu’ailleurs d’y croiser des touristes. Grande Randonnée… quelle prétention ! Comme si la grande randonnée n’était pas avant tout dans la tête, dans le cœur… comme si la grande randonnée n’était pas la vie…

(Une semaine de vacance)

Mousse et lichen…

Honnelles, 20 décembre 2007

Le soleil naissant m’aveuglait de sa lumière. Les branches tordues d’un vieux charme mêlaient leurs racines à la roche. L’arbre était, comme moi, vieux, tordu, noueux, couturé de cicatrices. Je les ai enlacés, pierre et bois soudés, même brun verruqueux, même lichen, même mousse. Et moi aussi, un jour, mousse et lichen…
Je sentais battre en l’arbre, en moi, la même vie, la même sève. L’oreille collée au tronc, était-ce mon cœur que j’entendais battre, ou le cœur de la Terre ? J’avais l’impression d’être enraciné comme le charme, comme le rocher, avec ce bruit de fond, toujours, de la rivière qui coulait, qui courait. L’eau, la terre, le ciel, le feu de ce jeune soleil, tout cela qui me traversait, me créait, m’animait d’une vie plus intense.

(Extrait d’Émile et Marthe, in Suivez mon regard, Éd. Institut du Patrimoine Wallon, 2011.)