Norma, roman sur CL
30 07 2008
Pour lire les critiques consacrées à Norma, roman sur CL (Critiques Libres), cliquez ici.
Catégories : Norma, roman
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La belle illustration qui orne la couverture de Norma, roman est de mon ami Salvatore Gucciardo.
La voici dans ses proportions originales avec, en prime, d’autres projets pour le même livre.
Que Salvatore soit ici remercié pour sa fidélité sans faille.






Daniel Charneux s’empare avec brio d’un des grands mythes américains : Marylin Monroe. Un mythe devenu mondial sinon éternel. Comment Norma Jean Baker jeune fille, jeune femme est-elle devenue cette icône du sexe et du phantasme Marylin Monroe dans une ambiance et un contexte qui a fait couler tant d’encre vu certains accompagnonnements, Frank Sinatra et plus encore les Kennedy brothers. Sans rien dire de sa mort : ce suicide mal constaté, non décrypté et lui aussi soumis à bien des rumeurs.
Daniel Charneux situe tout cela, recrée Norma sous Marylin au travers d’un de ces magnifiques trucs d’écrivains prenant appui sur la rumeur et la magie.
Et si elle n’était pas morte ? Mieux même et si elle vivait toujours ?
Recluse dans un endroit isolé, un désert, celui de Morjave vivant d’analyse introspective et de de regards tant sur son mythe que sur sa soi-disant mort et surtout reconstruisant toutes les étapes de Norma à Marylin vu qu’elle seule en connaît tous les prix.
La magie de l’écrivain est celle-ci : dans ce désert il y a une cabine téléphonique qu’on peut appeler et qui peut appeler.
Le romancier le sait et compose le numéro et parlera inlassablement avec une vieille femme qui se confie et lui confie Norma-Marylin.
Magique et réaliste.
Fort et émouvant.
La mite dans le mythe.
Le réalisme et le psy.
L’icône et les autres images, personnelles, dures et fièvreuses.
La vie après et dans la vie.
Un roman à ne pas manquer.
Denis Leduc
… Les mots ont vaincu le désert… écrit Daniel Charneux dans le prologue de ce roman.
Imaginez Norma Jean Baker, dite Marylin Monroe, assise dans son fauteuil d’osier, vieille femme fatiguée qui dodeline de la tête en ressassant ses souvenirs de poupée de chiffon, d’idole fauchée qui a choisi de se réfugier dans le désert de Mojave. Il fallait au moins ça pour accepter d’être celle que l’on ne photographie plus, qu’on ne voit plus. Une étoile éteinte. Rien qu’une vieille femme fatiguée qui soliloque.
Ce beau texte, à la langue travaillée comme une parure de Norma, l’autre, celle de Bellini, la grande prêtresse druidique trahie par l’amour et chantée par Maria Callas, est une méditation sur le temps, celui qui passe, celui qui nous terrasse. Qui nous dépouille de la grande illusion de l’image que nous espérions renvoyer. Pour ne plus être qu’humain…fragile et lourde… Histoire cueillie au creux des mains recroquevillées de Norma, histoire racontée à ce fils qu’elle a tant souhaité et qu’elle aurait pu avoir si… Et elle lui parle à ce fils… comme à un père…Et comme il a su trouver les mots pour dire et Norma, et Marilyn. Et comme il fallait sans aucun doute l’aimer. Fort.
Les mots ont vaincu le désert…
Mots ultimes. Mais qui d’autre, et quoi d’autre pourraient le vaincre ce désert, celui dans lequel nous croyons nous réfugier, celui que nous portons ? Mots pour nous donner peut-être l’espoir de nous rejoindre… ceux de Daniel Charneux.
Chantal Portillo, romancière.
« Un visage parmi des dizaines d’autres sur la photo de groupe de la Van Nuys High School. Dizaines de petits destins en marche.
Qu’étaient-elles devenues, dans la tourmente du vingtième siècle ? Qu’étaient-elles devenues, les Rose, les Grace, les Peggy, les Pam ? Qu’avaient-elles fait de leurs rêves ? Elles avaient remué un instant la poussière des chemins avant de retourner à la poussière, elles avaient fait un peu de bruit avant le grand silence. Elles avaient swingué à vingt ans, twisté à trente-cinq, et puis elles avaient vu couler la pop, le punk, le disco, la techno… Elles avaient été dans le coup un moment, puis hors du coup, au rancart. Elles avaient attendu l’amour et c’est un mari qui était venu. Elles avaient attendu des enfants qui ne les avaient pas attendues pour grandir, pour attraper de l’acné, des seins, des poils, pour trouver des copains, des maris ou des femmes, pour partir. À cinquante ans, elles s’étaient retrouvées assises dans des canapés à côté d’obèses en pantoufles qui regardaient des matches de football à la télévision en buvant des bières en boîtes, piégées, ahuries, vacantes, terriblement normales. Et le temps s’était mis à peser sur leur tête comme la pierre d’un tombeau.
J’avais au moins échappé à ça, moi, j’avais effacé, à trente-six ans, mon désir d’exister, balayant de la main les déchets du gommage, les résidus entortillés, maigres traces sur le papier, reliefs estompés, abolis, page blanche. Désert. »

Ce roman a obtenu en 2007 le Prix hainuyer de Littérature française Charles Plisnier