Machine à écrire

Lison2016

Photo : Françoise Lison-Leroy

N’attendez pas plus longtemps, cliquez sur l’icône « machine à écrire ».

L’icône trônait sous le texte. L’une de ces machines à écrire à l’ancienne, massives et lourdes, comme dans les polars noirs ou les romans rétro : Scabelli, Remington, Olivetti…

Voilà ce que je deviendrais bientôt si les poissons mordaient à l’hameçon : une machine à écrire. Une machine à recycler les mots. À donner une nouvelle forme, une nouvelle vie, à tous ces vieux mots fatigués, usés à force de passer de bouche en bouche, de se perdre dans des oreilles mal lavées, de traîner dans des cerveaux brumeux, outils déclassés qui risquaient, sans moi, de finir à la casse.

(Recyclages, Luc Pire, 2002)

Recyclages : extrait

« Vous êtes heureux, donc vous n’avez pas d’histoires. Vous êtes à l’abri des péripéties, des vicissitudes, des éléments perturbateurs qui ont fait le malheur des héros, depuis Œdipe jusqu’à Julien Sorel, en passant par Jane Eyre et Rosetta.
Vous êtes heureux, c’est bien.
Mais vous n’avez pas d’histoires.
Vous connaissez cet état d’équilibre parfait à la recherche duquel naviguent tant d’errants. Mais cet équilibre même n’est-il pas trop parfait ? Cette surabondance n’est-elle pas proche du vide ? Votre être dilaté à l’extrême trouve-t-il encore du jeu où se mouvoir ? Tel Dieu en son infinie perfection, en son éternelle inaction, ne vous arrive-t-il pas de vous… ennuyer ?
S’il vous est arrivé, parfois, comme par désœuvrement, d’imaginer qu’une autre vie était possible ; si vous voulez vivre – virtuellement, rassurez-vous – l’un de ces scénarios compliqués dont on fait les tragédies, alors, laissez-moi vos coordonnées. Je vous raconterai une histoire, votre histoire. Gratuitement. Et si vous l’avez aimée, vous pourrez me le signaler et m’en commander une autre. Très bientôt,  il vous sera arrivé quelque chose. Vous aurez vécu votre histoire, et vous aurez fait mentir un proverbe.
N’attendez pas plus longtemps, cliquez sur l’icône « machine à écrire ».

L’icône trônait sous le texte. L’une de ces machines à écrire à l’ancienne, massives et lourdes, comme dans les polars noirs ou les romans rétro : Scabelli, Remington, Olivetti…

Voilà ce que je deviendrais bientôt si les poissons mordaient à l’hameçon : une machine à écrire. Une machine à recycler les mots. À donner une nouvelle forme, une nouvelle vie, à tous ces vieux mots fatigués, usés à force de passer de bouche en bouche, de se perdre dans des oreilles mal lavées, de traîner dans des cerveaux brumeux, outils déclassés qui risquaient, sans moi, de finir à la casse. »

Recyclages : l’avis de Christophe Spielberger

Le 25 décembre 2002, j’ai reçu de l’ami Christophe Spielberger ce beau cadeau de Noël :

Salut Daniel,

J’ai choisi de te consacrer une partie de ce 25 décembre ou plutôt, à ton narrateur, tu m’as rendu agréable ce jour typiquement désolant, dimanche à la puissance dix et, n’était-ce mon traditionnel jogging du mercredi soir, je crois que rien n’aurait marqué ce jour sans ce petit livre. Beaucoup aimé les évocations de l’enfance, limpides et cruelles, me suis également retrouvé dans bien des façons d’appréhender le réel, de se sentir seul avec les autres, et bien tout de même, lumineuse aussi, cette idée d’interfacer la quête du bonheur via internet, une façon de parler de notre temps sans tomber dans les cyberclichés. Bravo !
Lue d’une seule traite, cette quête à la fois humble et impérieuse, apprécié le côté sans cesse ludique et intelligent, spirituel, le style exigeant, parfois funambulesque dans ce labyrinthe de portraits où la clarté domine en dépit du nombre, et du récit mené tambour battant.
Merci !

Christophe Spielberger

Recyclages : la presse

« Après le serial killer, il invente l’écrivain en série. Et nous livre douze portraits étonnants, dont celui d’une septuagénaire exilée sur une île des Touamotou. Comme dans son premier livre, Une semaine de vacance, Daniel Charneux joue avec les mots et la vie pour rompre la monotonie des jours de son personnage… et de son lecteur.»

    Michel Torrekens, Le Ligueur

    « Quelques autres et moi-même furent donc les involontaires cobayes de cette toute nouvelle source d’inspiration et de ces onze charmantes histoires, débordantes d’imagination et d’humour dues à cet homme de bagout, à ce formidable bateleur du verbe qu’est Jean Aimar sous l’excellente plume de Daniel Charneux. »

      France Bastia, Nos Lettres

      « Jean Aimar est licencié. Il perd son amie, déprime, vivote. Jeté comme un vulgaire déchet, il doit trouver à se recycler. Il finit par rebondir grâce à Internet. Une histoire banale qui permet à son auteur de se concentrer sur les états d’âme du personnage. L’écriture, saccadée et enjouée, fait l’originalité du roman. »

      Lucie Jannet, La Dernière Heure

      « Et aujourd’hui, Recyclages, dont on taira l’intrigue en signalant simplement qu’on y retrouve des ingrédients à l’évidence « charneusiens ». L’amour des mots, la recherche des remèdes. Le sens du rythme, indissociable du blues. Et le respect du lecteur, auquel on s’adresse sans jamais le laisser  » poste restante », se demandant, dépité et piteux, dans quelle galère l’amènent les rames de papier ! Car […] on surprend souvent, au détour d’une page moins blanche que certaines nuits, des phrases superbes dignes des plus belles jouissances littéraires. Telle celle-ci: « Les heures s’ébrouent comme des chiens mouillés ». Et si c’était cela, la vie ? Aboyer aux corneilles à défaut de pouvoir, comme elles, tout là-haut s’envoler… »

      Jidel, Plus

      « Comme son titre l’indique, Recyclages est un livre optimiste, un quasi-guide pour comment bien vivre son chômage en lui enfonçant deux doigts là où ça fait le plus mal… […] Cocasse, un livre sur les Robinson d’aujourd’hui… »

      Sébastien Ministru, Télé Moustique

      « Recyclages, c’est une réflexion sur le sens de la vie, sur l’amour. Que fait-on sur terre? Peut-on être heureux. Jean Aimar cherche le bonheur par petites gouttes homéopathiques. L’idée est d’accepter son destin ; pas forcément de chercher le bonheur dans des choses extraordinaires ». Il y a plusieurs références au Petit Prince de Saint-Exupéry.  » Il dit que le bonheur est dans la démarche, dans une attitude d’acceptation, ce qui ne veut pas dire de soumission.  »
      Et tout cela est écrit avec humour, dans un rythme souple, léger. On s’y glisse, s’y impose, s’y complaît, s’y repose… Il y a là tout le plaisir de dire, d’écrire, de lire, de penser. C’est une question d’échanges ; la parole unit les êtres. »

      Myriam Depaux, La Province

      La légèreté du désespoir

      Un an après Une semaine de vacance, Daniel Charneux publie aux Éditions Luc Pire son deuxième roman, Recyclages. Les deux livres ont quelques points communs, ne serait-ce que parce que chacun d’eux est centré sur un narrateur solitaire : l’un réalisait seul un périple à pied qui devait s’achever en balade macabre, l’autre se replie sur lui-même pour échapper à ses déboires. Considérés dans leur ensemble, les deux livres construisent un embryon d’univers romanesque cohérent, dont on attendra avec curiosité les développements à venir.

      Le ton auquel a recours Daniel Charneux pourrait être décrit au moyen de la célèbre boutade parodique de W. C. Field :  » La situation est désespérée, mais ce n’est pas grave « . Le narrateur, qui se nomme jean Aimar, est en effet dans une situation pour le moins difficile : à l’orée du roman, il est simultanément viré par son patron et largué par sa maîtresse. Et au lieu de partir à la recherche d’un nouvel emploi et/ou d’un nouvel amour, il s’enferme, se laisse aller physiquement et ne fait rien pour empêcher son seul ami de l’oublier. Et pourtant, malgré ce tableau déprimant, le roman est léger, humoristique, sans gravité.

      Une des clés du ton employé est l’attention ludique que le narrateur porte au langage. Les calembours sont nombreux et le nom du narrateur n’est pas le seul à en faire l’objet. Ils s’appliquent par exemple à ceux de deux illustres philosophes grecs lorsque le narrateur rencontre sur lnternet les  » […] maximes d’Épictète et d’Épicure – de quoi se prendre la tête au point d’entreprendre une cure « . Ou à celui d’un personnage secondaire :  » Bob Marchant ne vendait rien. Bob Marchant ne marchait pas « . Aux ca1embours s’ajoutent les antonomases, c’est-à-dire qu’un mot en appelle souvent un autre phonétiquement proche :  » gondolait  » de rire fait écho à  » gondolier « ,  » nombreuses  » à  » ombreuses « ,  » frênes  » à  » freine « … Il arrive aussi que le narrateur attire lui-même, au moyen d’ une réflexion métalinguistique, l’attention sur les mots qu’il emploie, par exemple lorsqu’il remarque que  » par définition, les week-ends ont une fin, sont une fin « .

      Cette attention au langage établit une distance, qui permet à Charneux d’éviter le tragique. Dans le même but, l’écrivain multiplie les références intertextuelles. Le texte fait en effet souvent appel à des chansons, des poèmes, des mythes, des romans, des publicités… Parfois, la source est précisée (Coelho, jean Ferrat, Jason et la Toison d’or, Les Mille et une Nuits…). Parfois, une phrase venue d’ ailleurs se glisse discrètement dans le texte et l’on reconnaît là Brel ou Trenet, là Boileau, La Fontaine ou Marcel Thiry… .

      Recyclages contient un troisième procédé de distanciation : le récit enchâssé. Car, après une période d’errance, Jean Aimar réagit en créant un site web particulier : son concepteur propose aux visiteurs de remplir un petit questionnaire à partir duquel il écrira un texte sur leur vie. Et ces textes s’intègrent au roman de Charneux.

      Ces petites fictions en abyme ont un point commun : elles tournent autour de la question du bonheur. Diverses réflexions contradictoires à ce sujet se croisent ainsi dans le roman. Soucieux sans doute de ne pas donner d’avantage décisif à l’une ou l’autre de ces visions du bonheur, Daniel Charneux propose dans les dernières pages du livre deux fins différentes à son récit, une pessimiste et une optimiste. Peut-être pourrait~on lui reprocher ce tour de passe-passe final, qui se traduit chez le lecteur par une sorte de frustration : les deux issues s’annulent si bien qu’on ne croit à aucune d’entre elles. Mais force est de constater que cette dualité finale est cohérente par rapport à la composition générale de ce roman, contemporain dans sa forme comme dans son propos et qui peint le désespoir avec légèreté.

      Laurent Demoulin, Le Carnet et les Instants

      Recyclages : présentation

      • Mon deuxième roman, Recyclages, est sorti aux éditions Luc Pire (dans la collection : « Embarcadère ») à la rentrée 2002.
      • Sur la quatrième de couverture, on pouvait lire : »A l’emplacement où, quelques instants auparavant, figurait encore mon nom, comme une preuve de ma présence au moins virtuelle dans l’entreprise à laquelle j’avais consacré quinze ans de ma vie, s’étendait à présent un rectangle blanc. Ce rectangle blanc qui, dans ma jeunesse, signalait aux enfants les films à ne manquer sous aucun prétexte en cas d’absence des parents – baisers avec la langue de plus de trois secondes, seins aperçus, parfois même poils pubiens… Ce rectangle blanc, signe dorénavant que j’étais interdit de séjour ; que, faute de m’être recyclé à temps, je pouvais envisager mon recyclage…« 
      • Les premières lignes :

      Un jour, j’ai craché sur un fennec. Un renard du désert. Deux triangles jaunes sur un corps palpitant de vie, un bon regard animal, exactement comme dans Le petit Prince. Oui, le renard du petit Prince, sorti tout droit des pages d’un vieux livre – normal, il n’était pas apprivoisé. Sorti des pages pour gagner cette cage où il me regardait, où je le regardais, dans ce zoo de village – fosse aux ours, otaries, girafes en carafe, le chimpanzé vedette s’appelait Maurice.

      Il me regardait et il attendait. Un sourire. Un mot d’enfant. « S’il vous plaît, dessine-moi… » J’ai craché.

      Je devais avoir dans les treize, quatorze ans. Un avoir bien mince, mais suffisant pour échapper à l’innocence. Pour tomber de l’innocence dans le non-sens. Tout de suite après, j’ai eu honte. Mais j’avais craché. La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe. Le renard jaune n’a pas bronché. Quelques grammes de salive blanche dans les poils jaunes. Quelques grammes de bave. Quelques grammes de fiel… Qui était enragé ?

      Il m’a longtemps poursuivi dans mes rêves, le regard du fennec.