– La vérité, la vérité !

« – La vérité, la vérité !
– La vérité, me direz-vous, est souvent froide, commune et plate ; par exemple, votre dernier récit du pansement de Jacques est vrai, mais qu’y a-t-il d’intéressant ? Rien.
– D’accord.
– S’il faut être vrai, c’est comme Molière, Regnard, Richardson, Sedaine ; la vérité a ses côtés piquants, qu’on saisit quand on a du génie.
– Oui, quand on a du génie ; mais quand on en manque ?
– Quand on en manque, il ne faut pas écrire. »
 
Diderot, Jacques le Fataliste et son maître.

Roman et Mort

Tic Tac1/1/16
Cette phrase de Barthes : « Le Roman est une Mort ; il fait de la vie un destin, du souvenir un acte utile, et de la durée un temps dirigé et significatif. » (Le Degré zéro)
Si Barthes a raison, l’ivresse du romancier consiste à jouer avec la mort.
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27/6/16
Le Roman est une Mort, dit Barthes, mais aussi une forme de résistance à la Mort, puisqu’il postule ce désir fou, absurde, insensé d’échapper au Temps. Le Roman est une Mort qui cherche l’immortalité.

Heureux le romancier qui crée des destins heureux.

Heureux le romancier qui crée des destins heureux.

Celui qui, tel l’illusionniste, anime des êtres fictifs, des marionnettes dont il tire les ficelles avec bienveillance, les amenant, car ils sont ses héros, à déjouer les pièges que leur tend une vie inventée, jusqu’au dénouement qui ravira le lecteur complice, muet d’empathie, partageant avec ces créatures de papier, dans un soupir de soulagement, la satisfaction de croire qu’immanquablement, le Bien triomphe du Mal.

Celui qui, au contraire, puise dans le réel ; celui qui se dit qu’il n’est point besoin d’inventer des vies, quand tant de gens sont morts qui attendent que quelqu’un les arrache à l’oubli ; celui-là, qui se refuse à raccommoder les destins, court le risque d’être accusé d’invraisemblance, de cruauté, quand c’est la vie qui est cruelle, quand c’est la vie qui est invraisemblable. Celui-là ne peut que répondre, en filigrane de chaque page : « All is true ! »

FAY CE QUE PEUZ

Devise« Fay ce que vouldras », telle est la seule règle qu’assigne Rabelais (par l’entremise de Gargantua) aux habitants de Thélème. Son ressort est la VOLONTÉ.

On pourrait imaginer, sur ce modèle, d’autres maximes, comme « Fay ce que devras » ou « Fay ce que doibs  », dont le ressort serait le DEVOIR.

J’accorderais ma préférence à « Fay ce que pourras » ou « Fay ce que peuz », dont la formulation minimaliste semble un appel à la résignation, mais qui fait résonner en moi la phrase de Pindare : « Ô, mon âme, n’aspire pas à la vie éternelle, mais épuise le champ du POSSIBLE. »