Vieil étang
27 12 2010vieil étang gelé
bruit de l’eau figé - grenouille
où te caches-tu ?
(Ce haïku rend hommage à celui de Bashô :
le vieil étang
une grenouille y plonge
bruit de l’eau)
Catégories : Haïkus
vieil étang gelé
bruit de l’eau figé - grenouille
où te caches-tu ?
(Ce haïku rend hommage à celui de Bashô :
le vieil étang
une grenouille y plonge
bruit de l’eau)
temps figé soudain
le surplace de l’aiguille
si longues secondes
Un nouveau livre sort aujourd’hui grâce aux éditions Audace. Les bénéfices générés par la vente de ce recueil seront versés à l’association “Camps Valentine” qui offre des séjours en montagne à des enfants atteints de la leucémie.
Soixante haïkus, comme les soixante secondes d’une minute.
Soixante moments recueillis, illustrés par mon ami Salvatore Gucciardo
qu’accueille la collection “Terre d’Asile”, comme la Belgique accueillit
l’année de ma propre naissance ce citoyen d’Agrigente.
Merci à Salvatore,
merci à Pierre Bragard qui a l’audace d’éditer des livres,
merci enfin à Colette Nys-Mazure à l’amitié de qui je dois cette belle préface :
Peut-on préfacer un ensemble de ces poèmes faits de rien que sont les haïkus ? J’en doute. Ce sont des vers « sur le sort duquel il convient (…) de ne pas s’appesantir longuement » ainsi que l’écrivait Francis Ponge du cageot.
Dire qu’on ne va rien dire et malgré tout tenter de mettre en lumière la puissance du mystère, voire de l’énigme, que proposent la poésie japonaise et, à son image, quelques disciples occidentaux captivés par ce défi. Oser suggérer que tout bouge et cependant demeure, qu’un vol d’oiseaux fugitifs laisse un sillage, une trace ; deviner le microcosme dans le détail apparemment frivole ; vivre chaque saison et son lot de métamorphoses, tout en esquissant l’arrière-plan. L’aire du rêve.
Le propre de l’art est de reprendre inlassablement la matière commune offerte à tous et de la remodeler selon la vision unique de l’artiste. Après tant d’autres, Daniel Charneux relève le gant ou plutôt la plume ; il s’efforce d’oublier la rhétorique et le sentimentalisme d’une certaine poésie française pour concentrer l’attention, endiguer l’émotion et tenir les mots dans le plus petit espace possible.
Un de mes haïkaï préférés est celui d’Issa, le poète japonais de la fin du XVIIIe siècle : « Dans ce monde / Nous marchons sur le toit de l’enfer / Et nous regardons les fleurs. » À sa façon, Daniel Charneux essaie de maintenir ensemble les deux extrêmes, de n’être infidèle ni à la beauté ni à la misère de l’univers.
« Lent ballet de bulles / frissons bleus sur l’onde verte / la houle du lin » Ainsi réussit-il à saisir l’instant, à l’immobiliser tel un papillon sans briser son essor.
Colette Nys-Mazure

saoulés de bourgeons
ils me regardent passer
les chevreuils curieux
N’ayant pas réussi jusqu’à présent à photographier un chevreuil, j’illustre ce haïku vécu hier dans le bois fleuri de jacinthes par ce dessin de Pierre Renard qui, dans Pruine du temps, ornait un haïku hivernal :
chevreuils qui déboulent
silhouettes fugitives
dans le bois dormant

souvenir d’herbier
rayonnant dans la lumière
cardamine des prés

charme que j’aimais
sur ta souche désormais
champignons et mousse

deux troncs enlacés
que j’effleure de la main -
la corneille croasse

un deux cinq neuf vingt
sur chaque arbre un chiffre orange -
l’ordre de leur mort

neige sur Clerlande
voie du milieu dégradée -
un pic tambourine
trois chevreuils surpris
soir tombant -
la neige
17 h 45
sommet du terril
soir tombé - seuls dans la neige
cinq enfants qui glissent
17 h 57
terril enneigé
même mon bâton dérape -
la cloche du soir