Anche

4 05 2010

Ceci n’est pas une écorce de bouleau. Un tronc, peut-être, où déposer l’obole pour les démineurs démembrés qui ne peuvent plus montrer du doigt la direction des souvenirs d’enfance.

Ceci n’est pas un fût de colonne dorique, ionique ou corinthienne. Un pansement Vanderplast, peut-être, où emballer le doigt blessé, coupé par l’explosion du raisin piégé.

Ceci n’est pas un flacon de parfum Vanderbilt. Tout juste une publicité mensongère pour une essence chinoise frelatée, fumée d’opium ou de havane.

Ceci n’est pas une partition retrouvée de Vincent d’Indy. Mais j’y vois la musique tout entière, et la clarinette de Benny Goodman lance vers le ciel bleu la première note glissée de la Rhapsody in Blue.




Arbres

24 04 2009

Dour - vendredi 24 avril 2009

les pattes des arbres

agriffées au grand ciel bleu -

jaunes de soleil




Relais

24 08 2008



Une rose trémière entre les dents tu cours
Vers le soleil jaune des dessins d’enfants
Qui projette son ombre
Au fond de toi.

Un œillet délavé aux boutonnières ils courent
Toussant leur solitude
Infirmant les axiomes du sang
Vers un lac séminal bordé d’orties.

L’orchidée blanche autour du cou je cours
Émacié de ma peau
Vers tes jambes amourachées.




Machinale

17 08 2008



Tousse des langues bleues
au sommet de mon lit
et bois longuement l’absinthe d’amour
qui verte dort en mon palais

Viens dans ma chambre de présent
fumer des sanglots de cachettes
à l’ombre de mes révoltes

Pars si tu veux dans ton passé
moi seul connais la machine
à remonter dans les amours




Bulles et démons

16 08 2008



Comme bulles de savon
S’envolent les vieux démons
Que j’encourage du souffle
A se fondre au bleu du ciel
En mille éclats de sourire
Emportés par les nuages

Comme bulle de savon
C’est ma vie aussi qui fond
Sur la mer où l’eau murmure
Qu’elle naît de l’eau des nues
Où se noient les jours de pluie
Les vieux démons souriants




Pavane

15 08 2008



J’avais longtemps cherché les fuseaux de ses jambes
aux heures déplacées
pour oublier un peu les joues de lèvres roses
et les jours de souffrance
posés entre elle et moi

J’avais pleuré par tous les yeux du paon
dont la roue me serrait la gorge
quand je fumais du brouillard rouge

Mais j’ai défripé sa robe de forêt
creusant mon nid dans son soleil




Nuit

14 08 2008



Sous son loup de velours noir
Un regard d’encre de Chine
Et les perles de ses dents

À bas bruit l’envers du jour
Son reflet dans les ruisseaux
Où l’eau caresse les mousses

À l’écoute du silence
Peut-être un coeur qui palpite
Si n’y crisse plus la plume




Charme enneigé

14 08 2008



Charme enneigé

Muscle du tronc arc-bouté à la terre
et l’échelle des branches qui mènerait au ciel

Écorce lisse et rauque
suie verte au nord
lichen éparpillé
marbrures
zébrures

Le plan de sa ramure
inscrit dans chaque feuille

Rameaux qui ploient sous le léger faix blanc
qu’agite à peine le ballet
des roitelets

Et la poudreuse
qui tombe
sous le charme




Poison

13 08 2008




Elle a ouvert la porte du brouillard
Elle a planté les ombres du décor
Elle a balayé le plancher de sable
Elle a posé une à une les pierres chaudes qui mènent à la plage de pastel
Elle a nettoyé les moulures de la mer à l’esprit de sel
Puis elle s’est assise dans un pliant de silence
Et elle s’est reposée

Elle a fermé les yeux
Elle a tourné la tête vers le soleil
Et derrière ses paupières les dessins se sont mis à danser
Tigres gambadant sur les flots
Montagne coulant dans la rivière
Herbe s’ébrouant sous la rosée
Une hirondelle sur le tissu du ciel
Un chien se promenant main dans la main avec un chat

Quand elle s’est réveillée le temps avait déjà un peu fondu
Elle a replié le pliant de silence
Elle a démoulé les moulures de la mer
Elle a rangé les pierres froides qui ne menaient plus nulle part
Elle a jeté le sable à la rivière
Elle a gommé les ombres du décor
Puis elle a refermé la porte du brouillard




Hêtre et nuage

13 08 2008



hêtre humide écorce grise
sous la pruine vert pâle

larmes d’eau sur son tronc
clepsydres

mouche blanche rescapée
ombre noire sur la feuille
amère

branches basses tranchées net
blessures ponctuées
de rose

troupe de tout petits champignons bistre
sur les racines à peau de crocodile

là-haut passe un nuage