Casablanca

30 08 2008

Je me souviens du pianiste qui chante As times goes by dans Casablanca, de «Viktor Laszlo», et de la Marseillaise à la fin du film.




Nageuses

29 08 2008

Shane Gould

Shane Gould

Je me souviens de quelques nageuses : Shane Gould, Shirley Babashov et surtout Christine (Kiki) Caron.




Rhapsody in Blue

28 08 2008

Je me souviens du glissando de clarinette qui ouvre Rhapsody in Blue.




Julien Gracq

27 08 2008

Je me souviens que Julien Gracq était le nom de plume de Louis Poirier, qui l’avait choisi par référence à Julien Sorel, le héros du Rouge et le Noir, et à l’illustre famille romaine des Gracques (de Gracchus).




Lectures

26 08 2008

Je me souviens de romans dévorés dans une sorte de fièvre, comme Au château d’Argol de Julien Gracq, Le Désert des Tartares de Buzzati ou Tandis que j’agonise de Faulkner.




La maison du Dr Edwardes

25 08 2008

Je me souviens de La maison du Dr Edwardes, quand le faux docteur incarné par Gregory Peck retrouve la mémoire en disant : « J’ai tué mon frère », et de la glissade sur un perron, et du petit frère empalé sur une grille.




Sur Musique3 le samedi 6 septembre.

25 08 2008

Le samedi 6 septembre, de 9 h 10 à 10 h 30, dans l’émission Hamlet sur Musique3, je répondrai aux questions de Nicole Debarre à propos de Nuage et eau.




Nuage et eau le jeudi 2 octobre à Quaregnon.

25 08 2008

Le jeudi 2 octobre 2008 à 20 h 00, je présenterai Nuage et eau à la Maison culturelle, rue Jules Destrée, 355 à Quaregnon. Je répondrai aux questions de Françoise Houdart. Lise Dineur et Julien Vanbreuseghem liront des extraits du roman.




Le hêtre pourpre du notaire

24 08 2008

Ce texte a été publié en 2004 parmi six nouvelles consacrées au patrimoine végétal de la ville de Mons.


Pour Marie, Sarah, Estelle, François, Cécile, Vincent, Juliette, êtres vivants.

Pour Herbert Meunier, qui accroche des mots aux branches des arbres.

Pour Xavier Heyden, notaire involontaire.

Bien peu de gens savent caresser un arbre.

Vois celui-là, dans ce vieux jardin montois, quelque part dans la rue du Gouvernement, entre les clochers et les toits, entre boulevards et beffroi, tu passais dans le vent et tu l’as aperçu. Tu la vois, cette pie qui plane au vent frisquet d’un début de printemps ou d’une fin d’hiver, cherchant un faîte pour ton nid ? Tu descends sur son dos, tu te poses sur l’herbe. Il est là, devant toi.

Regarde-le bien, ce hêtre vivant qui ombrage les siestes depuis si longtemps. Pourpre ? Peut-être. Oui, l’été, peut-être qu’il s’empourpre quand les autres hâlent. Peut-être qu’il rougit, tout seul dans son enclos, tandis que les plages se couvrent d’une mosaïque de dos en dégradés de bruns, de roses, d’écrevisses. Il s’empourprait peut-être, traversé par la rivière d’eau qu’il puisait au profond de la terre montoise tandis que, sur la Riviera, elle brunissait sa peau, l’épouse du notaire. Attends un peu, il n’est pas temps. Je te raconterai bientôt. Reviens à toi. Reviens à lui.

Prenons-le donc au seuil, vers la mi-février, tandis qu’il débourre, qu’il bourgeonne déjà. Si tu l’as bien caressé de l’œil, donne ta main, que je te guide. Si peu de gens savent caresser un arbre.

Sache le caresser comme on caresse une femme pour la réchauffer, pour faire un peu tiédir la sève sous les balafres, les gerçures. Pour faire un peu couler son sang. Pour lui tourner un peu la tête.

Caresse-la, la mousse humide, effleure-le, le lichen sec. Pruine du temps. Caresse de l’œil la cicatrice du greffon. Il a souffert pour être beau. Torsion de la croissance. Il tourne en rond vers la lumière, lui qui est né au nord. Il a souffert pour être pourpre, il a souffert d’être pourpre, de ne pas hêtre comme les autres. Vieux hêtre rouge qui jamais ne moutonnera dans les forêts vertes.

Caresse bien le hêtre. Mais ne le réchauffe pas trop. Il a besoin du gel. Car le gel casse la dormance des arbres. Il a besoin de l’hiver pour renaître. Il a besoin de souffrir pour revivre.

Sous lui, ses fruits et d’autres. Fruits et fleurs sous ses branches. Faînes dans leur étui, prismes latents, et des samares de rencontre. Faînes déjà rongées par les gloutons, les escargots, les grives ; et ces noyaux qu’ont laissés là les merles gris qui, sous la canicule du dernier été, se soûlaient du vin des cerises. Graines déjà condamnées. Son couvert est si dense que rien ne pousse dessous.  Des fleurs, pourtant, perce-neige éparses, crocus étiolés, et des primevères dans les parterres, et des tulipes qui attendent. Ils rosissent déjà, les cerisiers du Japon où nicheront les merles noirs.

Sur les branches basses, que tu n’atteindrais du pointu de la main qu’en prenant ta battue, comme en hauteur le sauteur, peut-être, avec de l’entraînement, sur les branches les plus basses qui sont trop hautes pour ta main d’homme, quelques faînes du dernier automne, et les bourgeons qui se préparent. Rotations de mandorles. Quenouilles.

Caresse-la, cette blessure ancienne à hauteur de ta main levée, à hauteur du cœur d’un homme un peu grand, d’un homme un peu arbre. Même le lierre n’a pu monter plus haut. Résine, sève, sang, peau d’éléphant, ourlet de la blessure comme un sexe fermé. Comme si le hêtre s’était ouvert comme un trou noir pour happer un secret trop lourd. Comme s’il l’avait gardé pour s’en nourrir, pour en souffrir, pour en mourir un jour. Caresse-la, mais pas trop fort, cette blessure qui s’offre et souffre. Et le même arbre sous la terre, le bel arbre invisible des racines, la belle source de la fontaine de vie, souffrance, beauté. Caresse-le, pas trop profond. C’est entre l’écorce et l’aubier que coule la rivière de sève. Si tu blesses ces quelques millimètres, tu le tues. Caresse-le à fleur de peau, à fil de vie ; masse-lui un peu le cœur, secours-le, secoue-le un peu. Il ne demande pas grand-chose.

Bientôt, sur l’arbre dioïque, voisineront chatons mâles, pendants, rougeâtres ; femelles enfermées, par deux ou quatre, au gynécée de l’involucre, attendant le vainqueur avant de basculer. Aujourd’hui, mi-février, tu n’aperçois que des quenouilles auxquelles s’était piquée, un jour, l’enfant aux yeux de faîne. Et, tout en haut, déhotté par le temps, ce vieux nid de tourterelles.



Bien peu de gens savent effleurer les lèvres de l’élu sans y fourrer trop vite l’hostie musclée de la langue et tournoyer dans le sens giratoire.

Le savaient-ils, eux que j’avais surpris cet ancien jour que je retrouve sous mes doigts comme un Bouddha de cuivre dans le fond d’une malle ?

Le savaient-ils, la notairesse et son notaire ? Eux que j’avais débusqués dans leur enclos, le jeudi 11 février 1979 ?

Je suis en rhétorique à l’Athénée de Mons. Et je me promène sur les trottoirs de Mons en pensant à ma belle qui s’appelle Isabelle, quand soudain m’appelle un jardin. Porche massif, pierres de taille, moellons grossièrement bouchardés. Deux portes à double battant. Dans la rue du Gouvernement. Pourpres, les portes. Pourpre, le murex écrasé. Souffrance. Le jardin de maître Guillaume.

Je traverse en marelle le damier jaune et gris. Ne marcher que sur les jaunes, c’est la consigne. La mission, si vous l’acceptez… Impossible n’est pas français.

Arabesques des vitraux. L’ovale jaune, plein centre sous l’arc en plein cintre. Et le trottoir qui court sous les fenêtres qui épient de l’étude où le notaire protège les minutes, sous le crépi vieux rose où s’entremêlent glycine et vigne vierge. Une pie jacasse déjà. Derrière, la basse continue de la ville, enfants des écoles, grues, cris, murmures, voitures. Il est trois heures et demie quand je franchis le second seuil. Et je les vois.



Bien peu de gens savent caresser un front. Vois celui-là, dans le landau bien protégé. Vois-les, ces deux-là qui le baladent, le landau, sur le L du trottoir usé : trente pas, vingt pas, demi-tour, vingt pas, trente pas. Ils font les cent pas. Font demi-tour au coin, sur la pierre bleue, cercle dans un carré, gouffre de la citerne. Trou noir.

Lui, maître Guillaume, chemise et œil bleu ciel, pantalon marine, nœud papillon rouge vif, et le pardessus en poil de chameau, surtout, ne prends pas froid, avec ce temps, c’est encore l’hiver ! Cheveux flous, joues bombées. Grand. Pâle. Gentil. Gentil et pâle. Il ne quitte pas son étude. Le père.

Elle, la notairesse, cheveux courts, auburn, yeux noisette, peau très brune, lèvres peintes. Le chandail court de mohair tilleul, le sous-pull fuchsia. Echarpe rouge, imper violet, ceinture rose. Petite. La mère. Elle le quitte, parfois, pour ses vacances solitaires, au soleil de la Riviera. C’est froid, une étude où les minutes ne coulent pas vite.

Font les cent pas, notaire et notairesse, tandis que le caniche abricot trotte menu, mille-pattes doré, sur le gazon frais arasé.

Et je m’avance vers eux, sans pudeur et sans gêne, dans ce jardin privé. Et ils me regardent venir, sans surprise et sans colère, eux qui poussent toujours leur poussette.

Et je m’approche d’eux, et je leur dis bonjour monsieur bonjour madame est-ce que je peux regarder que vous avez là dans votre poussette ? Et eux me disent mais oui jeune homme, vous pouvez regarder, attendez, nous allons tirer la tirette. Alors, eux qui ne poussent plus la poussette, ils tirent la tirette de la capote qui protégeait l’enfant du froid de février, et je découvre la bobinette. Oui, je sais, on dit une bobine, ou une binette, mais pour un si petit être vivant, il n’est pas déplacé de dire une bobinette.

Et je leur dis : il est joli, votre bébé, monsieur, madame ! Et je vois qu’ils sont fiers du compliment, comme tous les parents du monde.

Et je leur dis : il a quel âge, votre bébé, monsieur, madame ? Et ils répondent fièrement, comme tous les parents du monde : un jour, jeune homme. Il a un jour. Il est né hier, le 10 février.

Et je leur dis : il est grand pour son âge, votre bébé, monsieur, madame ! Et je vois qu’ils sont fiers du compliment, comme tous les parents du monde. Et ils précisent : elle est grande pour son âge, jeune homme. C’est une petite fille !

Et je leur dis : et comment s’appelle-t-elle, votre petite fille, monsieur, madame ? Elle s’appelle Mélisande, jeune homme, ils me répondent. Et je leur dis : c’est un joli prénom, monsieur, madame ! Moi, il me fait penser à l’opéra Pelléas et Mélisande.  Et je vois qu’ils sont fiers du compliment, comme tous les parents du monde. Et ils me disent : oui, c’est pour ça que nous l’avons choisi.

Mais tout à coup, le visage du bébé change. Elle fait un mauvais rêve. Et elle pleure un peu. Alors, vite, sa maman la prend dans ses bras pour la consoler. Mais elle continue à pleurer. Alors, vite, son papa la prend dans ses bras pour la consoler. Mais elle continue à pleurer. Alors je demande poliment : vous permettez, monsieur, madame, moi aussi je veux bien essayer. Et je la prends dans mes bras. Je lui caresse un peu le front, comme une écorce. On dirait que ça la calme. Elle cesse de pleurer. Elle cesse de rêver. Ouvre un instant les yeux, un kaléidoscope de faînes, les yeux qu’elle ferme bientôt, l’enfant qui se rendort. Alors, je dépose un baiser, léger, léger comme un papillon rouge, sur chacun de ses petits yeux, et la remets dans son landau.

Et je quitte le jardin clos, et je m’éloigne de l’étude où vers le soir, bébé couché, le notaire et la notairesse, écoutant la musique pour les feux d’artifice royaux de Handel sur une hi-fi compassée, arroseront de porto rouge Ramos Pinto la cerise confite d’une frangipane tandis que se fane, dans un vase de majolique, un bouquet de onze roses pourpres et que s’égrènent les minutes dans les oscillations ainsi font font font les petites marionnettes de l’horloge à mouvement perpétuel.



Aujourd’hui, c’est le 10 février 2004.

Un jour, la mère au teint hâlé n’est pas revenue de la Riviera.

Et, près du notaire vieillissant, aujourd’hui, Mélisande a vingt-cinq ans. Elle a repris l’étude de maître Guillaume.

Dans la boîte aux lettres, ce matin, il y avait une carte postale. Son amoureux a pris quelques jours de vacances. La Toscane est belle au printemps.

Le rectangle de carton est posé sur un guéridon, tout contre un petit vase de majolique. Conque dorée du Campo de Sienne. Et quelques mots, bien sûr. « Je t’aime. Je t’ai trompée. Je t’aime. »

Elle est sortie dans le jardin, et elle griffe un peu le hêtre, pour oublier de souffrir. A hauteur du cœur d’un homme un peu grand. Pruine verte du temps sous ses ongles rongés. Sous un parterre s’effritent les os d’un caniche abricot.



Bien peu de gens savent caresser leur vie.


Achevé à 13 h 17 le mercredi 25 février 2004

au café de la Mairie, place Saint-Sulpice,

dans le Ve arrondissement de Paris,France, Europe, Terre, Univers.




Relais

24 08 2008



Une rose trémière entre les dents tu cours
Vers le soleil jaune des dessins d’enfants
Qui projette son ombre
Au fond de toi.

Un œillet délavé aux boutonnières ils courent
Toussant leur solitude
Infirmant les axiomes du sang
Vers un lac séminal bordé d’orties.

L’orchidée blanche autour du cou je cours
Émacié de ma peau
Vers tes jambes amourachées.






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