Colette Besson
15 08 2008
Je me souviens de la victoire de Colette Besson sur 400 m à Mexico.
Catégories : Je me souviens
Je me souviens de la victoire de Colette Besson sur 400 m à Mexico.

J’avais longtemps cherché les fuseaux de ses jambes
aux heures déplacées
pour oublier un peu les joues de lèvres roses
et les jours de souffrance
posés entre elle et moi
J’avais pleuré par tous les yeux du paon
dont la roue me serrait la gorge
quand je fumais du brouillard rouge
Mais j’ai défripé sa robe de forêt
creusant mon nid dans son soleil
Je me souviens de Pierre Sabbagh présentant Au théâtre ce soir.
Je me souviens des « Marabout Flash », de « l’Encyclopédie des Jeunes », et de la collection « Marabout Fantastique ».

Sous son loup de velours noir
Un regard d’encre de Chine
Et les perles de ses dents
À bas bruit l’envers du jour
Son reflet dans les ruisseaux
Où l’eau caresse les mousses
À l’écoute du silence
Peut-être un coeur qui palpite
Si n’y crisse plus la plume

Charme enneigé
Muscle du tronc arc-bouté à la terre
et l’échelle des branches qui mènerait au ciel
Écorce lisse et rauque
suie verte au nord
lichen éparpillé
marbrures
zébrures
Le plan de sa ramure
inscrit dans chaque feuille
Rameaux qui ploient sous le léger faix blanc
qu’agite à peine le ballet
des roitelets
Et la poudreuse
qui tombe
sous le charme
Je me souviens de Claude-Jean Philippe présentant le ciné club d’Antenne 2, de sa voix si personnelle au débit entrecoupé de pauses, et de l’extraordinaire générique au limonaire.

Maras - samedi 25 août 2007
la pause
entre soleil
et sel
Mes textes et ceux de mes amis sur des tableaux de Salvatore Gucciardo.
Les tableaux de Salvatore Gucciardo sont reproduits avec l’aimable autorisation de l’artiste.

La spirale de la vie (Salvatore Gucciardo), huile, 40x60
Corne de brume ou corne d’abondance ? A la recherche de la toison d’or, ils embarquèrent, joyeux compagnons, sans se poser la question qui lacère. Ventre de truite ou gorge-de-pigeon ? Dans quelle bille d’agate avaient-ils scellé leurs vieux songes ?
Ils avaient soulevé, sans l’éveiller, le bec fauve de l’engoulevent. Ils avaient mis du sel sur la queue des sittelles. Ils avaient scié un à un, pour déjouer les complots des suiveurs, les échelons qui mènent à la tour de la belle. Ils avaient exploré patiemment leurs boules de cristal, collés aux vitres de la sphère, accouplés aux poissons ventouses. Le nid savant de la mésange rémiz leur avait paru trop douillet : ils ne s’étaient pas laissés prendre au piège. C’est à d’autres enlisements qu’ils aspiraient ; à d’autres neiges qu’ils rêvaient…
Ils avaient bivouaqué sur les calottes glaciaires qui les avaient laissés maigris, transis, heureux, peau livide et scrotum fripé, avec des frimas sur la barbe et, dans les yeux, cet espoir de nadir… Ils avaient oublié leurs monts saint Michel dans l’aventure et même, dans les sables mourants de la baie, leurs crosses d’or, leurs mitres vieilles. Au diable Vauvert, ils avaient abandonné leurs inutiles portulans. Le voyage au centre de la sphère leur avait mis l’eau à la bouche. Presque nus, déjà tannés en somme, ils abordèrent aux rives des diaprures, entre le lac des Songes et le golfe des Nuées.
C’est par une nuit de plein soleil qu’ils accomplirent les premiers miracles.
Ils séparèrent les jaunes des blancs.
Ils ressuscitèrent l’ammonite aux joues roses dont la columelle nacrée indique infailliblement le pôle.
Ils nimbèrent les cirrus de cette pulpe frêle qu’imite à s’y méprendre, dans sa candeur sucrée, la foraine barbe à papa.
Ils multiplièrent à volonté – ce leur était presque facile, désormais – les bras tentaculaires des pieuvres qui se mirent à épandre pour rire, sur les villes apeurées, leurs langoureuses menaces de cratères.
Ils inventèrent les moirures des nébuleuses, les bigarrures des aurores boréales, la lumineuse courbure du cristallin des femmes.
Quand ils en eurent fini avec la terre, ils décidèrent de s’occuper des hommes.
Ils attendirent le soleil de minuit pour se laisser glisser, nageurs de sucre glace, dans les grands fonds où rôdent les poissons transparents. Ils n’eurent aucune peine à se fondre dans la masse.
Leur plancton nourrira de généreux explorateurs, des constructeurs de bathyscaphes, des loups de mer, des loups pour l’homme.
Ils n’auront pas vécu pour rien…

Pour lire les textes d’Eric Allard et de Marcel Peltier, cliquez sur la miniature.
Mes textes et ceux de mes amis sur des tableaux de Salvatore Gucciardo.
Les tableaux de Salvatore Gucciardo sont reproduits avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Le chemin lumineux (Salvatore Gucciardo), huile, 40 x 50
Il est un chemin clair que je parcours le soir à l’abri des regards. Un chemin lumineux que j’explore la nuit à l’abri des regrets.
Sur le chemin lumineux, de doux guerriers sans nom s’inventent des charades pour parler du ciel pâle où s’assoupit l’extase molle.
Sur les méandres assoiffés du chemin lumineux – beau regard des tortues rassasiées de laitue – les calottes glaciaires se racontent des histoires d’amour avec la lave incandescente.
Dans les coulées continues du chemin lumineux, où des escargots sourds s’accouplent patiemment, les crocodiles rêvent d’imprudentes exploratrices.
Dans les arcades dentelées du chemin lumineux, la lumière blanche décline ses efflorescences de prisme : d’andrinople et de safran, de capucine et de lavande, de pruneau, de céladon, et même de ces coulées secrètes qu’en ses canaux de papilionacée distille le timide indigotier.
A l’horizon bosselé du chemin lumineux, les sorcières se reposent sous les rayons glacés du soleil de minuit ; les crucifiés pansent leurs plaies ; les pécheresses essaient des caresses nouvelles.
A la verticale du chemin lumineux, un astre brun se refroidit dans la tendre indifférence du monde. Un astre froid meurt de savoir que sa mort ne comptera pour rien. Un astre lucide sait déjà que le chemin n’a pas besoin de lui, que le chemin rayonne de sa propre existence, que le chemin ne s’illumine que de la lumière qu’il s’invente.

Pour lire le texte de Marcel Peltier, cliquez sur la miniature.