Charme

17 04 2010

charme que j’aimais

sur ta souche désormais

champignons et mousse




Maman Jeanne à Mons

5 04 2010

Maman Jeanne, un projet éditorial, mais aussi un projet théâtral.

Le livre existe grâce à Luce Wilquin. Il était finaliste du Rossel des Jeunes 2009.

Le spectacle existera bientôt grâce à Michel Tanner et à la Fabrique de Théâtre. Lise Dineur lui prêtera sa voix dans une mise en scène de Julien Vanbreuseghem.

La ville de Mons nous propose un avant-goût de ce spectacle le jeudi 22 avril 2010 à 20 heures 30. Dans la superbe salle Saint-Georges (Grand-Place à Mons), Lise Dineur fera vivre Jeanne pour une heure de grâce.




Enlacés

5 04 2010

deux troncs enlacés

que j’effleure de la main -

la corneille croasse




Orange

5 04 2010

un  deux    cinq     neuf               vingt

sur chaque arbre un chiffre orange -

l’ordre de leur mort




Neige sur Clerlande

31 01 2010

neige sur Clerlande

voie du milieu dégradée -

un pic tambourine




S’asseoir sous le cèdre

31 01 2010

Je suis content que tu sois venue. Ça fait longtemps, tu sais, que j’attendais ta visite sans vraiment l’espérer. Longtemps. Je suis là sur mon seuil, avec mon chat Pompon. Je l’ai appelé Pompon parce que, quand il était chaton, il était comme une boule de poils, une petite boule de poils gris et bruns. Tu l’as connu ? Non ? Tu étais déjà partie, c’est vrai. Alors, tu as connu sa mère, Poupousse ? Non plus ? Elle était tigrée comme lui mais plus sombre. Et puis douce. Il est un peu farouche, lui. Si je le lâche, il va s’enfuir, c’est pour ça que je le tiens bien, là, sur mon seuil. Viens, entrons. Attends, je vais fermer la porte. Il fait toujours frais, ici, malgré la chaleur. Tu te souviens ? Les murs épais, les fenêtres étroites, c’est que les hivers sont rudes ici. Il fait sombre aussi, tu veux que j’allume ?

Ça fait un bout de temps, non, que tu n’es pas revenue au village ? Moi, je ne sors presque plus – où irais-je ? Parfois, je m’assois sur le banc, à côté de l’église. Son clocher d’ardoise est à présent moins haut que le cèdre du Liban. Il a bien poussé, le cèdre ! Oui, je m’assieds sur le banc à l’ombre du cèdre,  et les  passants se  disent en me  voyant : « À quoi  pense le vieil  homme assis sur le banc ? » À rien, il ne pense à rien. Sur le banc, le vieil homme regarde la vie qui passe. Dans le désert, le grain de sable a toujours sa place. Moi, ma place est ici, dans ce coin de village. Mais toi, tu es partie. Le vent a soufflé, le sable s’est envolé. Parfois, le vent du Sud amène jusqu’ici un peu de sable du désert.

Tu as bien fait de partir. Tu as bien fait de le suivre. Je me souviens, parfois, sur mon banc, de la petite fille et du petit garçon main dans la main, rois du monde. Je me souviens des mercredis, quand nous jouions ensemble dans le verger voisin : le sucre de la reine-claude qui nous collait les doigts, moins que la sève du sapin blessé. Je me souviens des galettes des rois, j’espérais toujours tirer la fève pour pouvoir te choisir comme reine, les autres étaient trop laides, les autres n’existaient pas.

Tu le verrais, le verger ! Ils ont tout abattu pour construire le parking. Le manche de la hache se souvient-il de sa vie de branche ? Moi, je n’ai rien oublié. Le vieil homme garde en lui les sourires de sa mère, yeux dans les yeux sur la table à langer, les leçons de calcul, la poussière de la craie, la petite fille et le petit garçon main dans la main, rois du monde. Tu as vu, là, dans le coin, la guitare de ma jeunesse, une corde cassée ? Je reste souvent là, dans le silence à peine troublé par le ronron du chat Pompon, le dictionnaire ouvert sur le mot « mort », à me demander…

Tu dis ? Ton mari mort ? Tu es revenue dans la maison de tes parents ? Oui, si tu veux, tu passes quand tu veux. Je ne voudrais pas t’obliger. Nous irons ensemble nous asseoir sur le banc, nous parlerons du vieux temps. Il pleut parfois un peu, tu sais, mais la pluie d’été ne dure jamais longtemps. Ou alors, elle s’excuse par un arc-en-ciel.





Tintin, les Titi…

19 11 2009

Je suis content que vous soyez venu. Ça fait si longtemps que je suis seul. Asseyez-vous là, quelque part, si vous trouvez une place. C’est petit, chez moi.
Au mur de sa chambre, elle a laissé ses Titi. Elle collectionnait les Titi, vous savez, ce canari de cartoon, ce canari d’un jaune à faire mal aux yeux, paraît qu’y en a qui sont allergiques à ce jaune. Elle a laissé ses Titi quand elle est partie et je reste là, seul, comme un Grosminet triste, avec mes moustaches de gros chat paisible.
Ça ne vous ennuie pas si je reste allongé sur mon lit, les doigts croisés ? Je suis si fatigué. Allongé sur mon lit, les doigts croisés, j’ai un peu l’allure d’un mort, non ? Comme quelqu’un qui rendrait son dernier souffle, qui partirait pour son dernier voyage. Pour le repos éternel, comme on dit.
Je me souviens de son premier souffle d’enfant, elle était née la nuit. Une âme neuve qui brillait parmi les étoiles. Elle était née l’hiver, la neige tombait cette nuit-là. Et je twistais sur ma chaise, dans la salle d’attente de la maternité. À cette époque, les pères n’assistaient pas à l’accouchement. Quand une infirmière est venue me la présenter, mon visage s’est éclairé. C’est comme ça qu’elle a dit, l’infirmière : votre visage s’est éclairé. Je portais la barbe, alors, pas seulement la moustache. Et les cheveux longs, comme à l’époque. Le Christ. Souvent, ils me comparaient au Christ. Un Christ un peu triste – c’est vrai, je n’étais pas riant. Mais là, face à ce souffle neuf, mon visage s’est ouvert, et j’ai souri. Comme un ange sur une cathédrale.
Et puis, pour faire court, j’ai été maladroit. Avec sa mère. Pourquoi s’emporter pour une porte qui claque, pour un verre brisé au cours d’une vaisselle, pour un tintinnabulis ?
À chaque fois elle s’énervait, pour faire court, à chaque fois, je voulais crier plus fort. Vous avez autre chose à faire que d’écouter l’histoire de ma vie. Un connard fini, mais là, LE connard fini, elle disait.
Parfois, nous sortions, tout de même, nous avons eu de bons moments. Un Perrier citron au café Randaxhe à Liège, chacun dans sa bulle. Toujours chacun dans sa bulle, et la poussette entre nous. Il est réveillé, disait la dame avec sa canne, parlant du bébé. Et la bulle se brisait. Nous repartions, poussant notre poussette. Cahin-caha.
Les années ont passé, la petite a grandi. À chaque anniversaire, je lui achetais un Titi. Pour sa collection. Et puis, elle est partie. Sa mère. Sa fille par la main. Elle a claqué la porte. J’ai senti un courant d’air frais. Tintin, les Titi.
Alors, maintenant, parfois, je viens m’allonger sur son lit. Parmi les Titi jaunes et les angelots kitsch. Et je croise les doigts. Ça porte bonheur, paraît. Oui, je croise les doigts, mon souffle dans la nuit. Quelque part entre les étoiles, il m’arrive de sourire.
Voilà, vous savez tout. Je vous l’ai dit comme ça, tout simplement, comme j’aurais parlé à un inconnu. Comme ça, tout simplement, pourquoi dire plus ? Tu es grande assez pour remplir les blancs. Tu es grande assez pour comprendre. Et si tu veux, nous pourrons prendre un peu de temps, une autre fois. Si tu as le temps.
Je suis content, vraiment, que tu sois revenue.




“Nuage et eau” primé

17 11 2009

L’ombre bienfaisante de Ryôkan continue à me protéger : Nuage et eau me vaut en effet deux prix, l’un d’extension provinciale (le Prix des Usagers de la Bibliothèque centrale du Hainaut), l’autre d’extension internationale (le Grand Prix littéraire France - Communauté française de Belgique de l’ADELF - Association des Ecrivains de Langue Française).

Le premier me sera remis le mardi 8 décembre 2009 à la Bibliothèque centrale du Hainaut, avenue du Rêve d’Or à La Louvière, le second en mars 2010, au siège parisien de l’Unesco.




Autour de “Maman Jeanne”

27 08 2009

Un an après Nuage et eau, une nouvelle aventure commence avec Maman Jeanne.
Quelques jours après sa sortie, le livre connaît déjà de beaux échos. Comme une pierre dont la chute dans l’eau dessine des ondes concentriques.
C’est ainsi que :

  • le jeudi 3 septembre, Nicole Debarre présentera Jeanne sur La Première radio, dans les chroniques “rentrée littéraire” de 9 et 19 heures ;
  • le mardi 15 septembre, je serai l’invité de Mille Feuilles, l’émission de Thierry Bellefroid sur la Une télé ;
  • le jeudi 24 septembre à 19 heures, à Mons, la maison Losseau (rue de Nimy) nous accueillera, Françoise Houdart et moi, pour une présentation croisée de nos derniers romans, Oublier Emma et Maman Jeanne. Christine Mordant lira des extraits des deux livres ;
  • le samedi 26 septembre, de 10 à 12 heures Didier D’Halluin me présentera à la bibliothèque de Mouscron dans le cadre des déjeuners littéraires ;
  • le mardi 29 septembre à 19 heures 30, Françoise Houdart et moi serons à nouveau réunis à la librairie Antigone de Gembloux ;
  • le vendredi 23 octobre en soirée, dans le cadre de la série de lectures organisée par l’Axiale boraine, Lise Dineur lira Maman Jeanne au Centre culturel de Colfontaine dirigé par Laurence Van Oost, dans une mise en voix de Julien Vanbreuseghem. Cette soirée, prélude à un travail scénique, sera organisée avec la précieuse collaboration de la Fabrique de Théâtre et de son directeur Michel Tanner ;
  • le jeudi 29 octobre, au Centre Culturel de Dour, Eric Cornu m’interrogera à propos de Maman Jeanne.

N’hésitez pas à m’écrire si vous désirez en savoir plus !




Maman Jeanne

18 08 2009

Dans le Discours de Suède, Albert Camus écrivait : « L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. »
C’est une telle conception de l’art qui a guidé ma plume dans l’écriture de Maman Jeanne.
À la source de ce texte, l’humble vérité d’une souffrance. Celle de Jeanne. Au départ, une pile de lettres dans un tiroir, un grenier, une brocante ou une boîte à cigares. Des lettres datées de 1909, 1910. Près d’un siècle de sommeil. Les témoignages d’une femme qui pourrait être mon arrière-grand-mère.
Lire ces lettres, les comprendre, les faire parler. Compléter les blancs, les silences. Imaginer un cadre. Puis, après des années de décantation, donner la parole à celle qui ne peut plus parler. Offrir l’image de cette souffrance. Émouvoir ? Peut-être, mais sobrement. Éviter lyrisme, pathos. « La vérité, l’humble vérité. »
« Qu’est-ce que c’est, la Grâce ? », demande Jeanne. « Qu’est-ce que c’est, le Salut ? » Femme de foi, femme d’obéissance, passée du service de son père à celui de son mari puis à celui d’un prêtre, quand vivra-t-elle ? Jamais, peut-être, en tout cas jamais sur cette terre, et cette prise de conscience la mènera jusqu’aux portes de la folie.
L’amour pourrait être la clé, l’amour pourrait être la voie du Salut. Mais certaines amours sont interdites. La « Belle Époque » ne l’est pas pour tout le monde. La maternité aussi fait problème. Quand un enfant naît de certaines unions, si Dieu n’accepte pas d’en faire un ange, il reste à l’abandonner.
Jeanne la femme sans grâce, Jeanne qui a aimé d’un amour interdit, Jeanne qui a donné naissance à l’enfant du péché ne trouvera comme solution que l’abandon. Elle offre son enfant à une autre mère. Elle s’abandonne elle-même. Elle s’offre à la folie.
Donner la parole à Jeanne, un siècle après. Rendre la vie à celle qui n’a jamais vécu vraiment. Écrire pour la faire exister. Le texte est là, comme un plan sur un chantier. Reste à construire le bâtiment. Reste à faire vivre Jeanne.

Maman Jeanne sortira des presses des éditions Luce Wilquin en août 2009.






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