Bleu blanc
31 07 2008
Arequipa - vendredi 17 août 2007
Santa Catalina
ciel bleu découpé
dans le sillar blanc
Catégories : Galerie

Arequipa - vendredi 17 août 2007
Santa Catalina
ciel bleu découpé
dans le sillar blanc
Il s’appelait comment, déjà ? Pavlovitch ? Kozakievitch ? Hirowitch? Un demandeur d’asile, un errant. Un de ces hommes qui traversent l’Europe en train de nuit, qui s’installent dans une petite ville de Hollande ou de France et qui font là leur trou, ou qui tentent de le faire. Polanski ? Pachulski ? Pakuchevski ? Un Slave, ou un Juif. Ou un Juif slave. Sa famille avait traversé le vingtième siècle au petit bonheur la chance et lui-même était né vers le milieu, après les purges, après les camps, après la merde. Si bien qu’il avait fait sienne la devise de son grand-père : « Si la merde avait de la valeur, les pauvres n’auraient pas de cul ! »
Il s’appelait comment, déjà ? Je veux dire son prénom. Estevan ? Stepan ? Peut-être Stéphane, tout simplement. Il avait dû avoir plusieurs cartes, en changer au gré des frontières, des régimes. Il avait connu le rideau de fer. S’était installé en France, très jeune finalement. A 22 ans. Illusionniste. Il était allé à bonne école, de l’autre côté du mur. Ses tours de cartes étaient bien rodés, il avait connu un certain succès dans le music-hall, d’abord. Il avait fait quelques télés. Et puis, les rhumatismes. L’arthrose déformante. Il était moins habile. Il avait trouvé à se caser dans un restaurant sympathique, couleur locale, où il égayait les clients, entre deux plats, par ses bons tours et ses bons mots.
Car il était boute-en-train, Stepan. Stéphane. Toujours le mot pour rire. Capable de répondre, quand on lui demandait s’il exerçait une autre profession que les cartes : « Eau qu’une ! » ; quand on lui demandait son état civil : « Mari, hé ! »
Lui qui avait appris tardivement le français semblait s’amuser de sa langue d’adoption, de ses clowneries verbales, des pitreries qui lui prouvaient qu’il était « intégré ».
Stephane Pavlovitch. Stepan Rabovitch. A 40 ans, il avait cessé de vieillir. Tu ne vieillis pas, Stéphane. Vraiment. Sept ans déjà, Stepan. Sept ans, Stepan, que tu traverses la vie sans prendre une ride. Sept ans. L’âge de raison…
Raison ? Stéphane restait l’éternel boute-en-train, l’animateur des voyages en train, avec ses plaisanteries bateau : « - Comment vas-tu ? - … yau de poêle ! – Et toi ? - … la matelas ! »
Il excellait dans les faire-part : « M. et Mme Enfant ont la joie de vous annoncer la naissance de leurs jumelles, Hélène et Ludivine… » ; « M. et Mme Pourfaire-Lavaisselle ont le bonheur de vous annoncer la venue de leur fils Vladimir… » Son sommet ? « M. et Mme Hoccard (de Tours) ont la joie de vous faire part de la naissance de leur fil Adhémar… »
Il était heureux, Stéphane. Heureux, vraiment ? Lui qui proposait que le bonheur c’est toujours pour demain car l’espoir (Williams) fait vivre… Impayable. Incorrigible et impayable, ce bon Stepan. Et on se tapait sur la cuisse, avec les copains, au resto. Avant de sortir dans la nuit, de troquer son smoking contre un méchant costume et d’aller retrouver Violette.
Sept ans… sept ans de bonheur… c’était ce qu’il lisait chaque matin dans son miroir, Stepan Malcovitch. Sept ans de bonheur, et son amour n’avait pas pris une ride.
C’est qu’il avait beaucoup galéré avant de trouver l’oiseau rare. Il s’était fait une méthode personnelle. Très personnelle.
L’arc-en-ciel.
A son arrivée en France, il avait visité Paris. L’orage couvait, il avait plu. Vers midi, juste au-dessus de l’arc de triomphe, il avait vu cet arc-en-ciel. Immense. Complet. Impressionnant.
Et, juste dans l’axe de l’arc de triomphe, juste dans l’axe de l’arc-en-ciel, mais loin, si loin, de l’autre côté du boulevard, immense, complète, parfaite, inaccessible, cette silhouette féminine.
C’est alors qu’elle lui était apparue, sa méthode. Pour la trouver, la retrouver, cette femme idéale qui lui avait mis le cœur à fleur de peau, il faudrait d’abord en connaître six autres. Elle serait la septième, elle serait la dernière. Elle s’appellerait… Violette, comme la dernière couleur !
Et les six autres femmes porteraient des noms proches de ceux des autres couleurs du spectre : le rouge, l’orange, le jaune, le vert, le bleu, l’indigo…
Il devrait vivre ces six vies, ces six aventures, avant de connaître la dernière ; la dernière incarnation de l’amour, avant d’atteindre le Nirvana.
Il avait cherché, longtemps. Quand il rencontrait une femme, il devait avant tout connaître son prénom. Puis trouver un prétexte, s’il ne convenait pas. Même si elle était belle. Même si elle l’attirait. Pour simplifier, il aurait pu avoir recours aux agences matrimoniales, dont les listes auraient facilité ses recherches. Mais sa quête était plus haute.
Elle dura dix-huit ans. Dix-huit ans durant lesquels il se lia successivement, et rompit successivement, fidèle à sa méthode, avec Rose, Ornella, Jeanne, Vera, Belle, Inès. Avant de rencontrer Violette, à quarante ans. Violette, la dernière, la première.
Certes, aux six autres aussi, parfois, il s’était attaché. C’est qu’elles avaient leurs qualités.
Rose rougissait pour un rien. C’était charmant. Touchant. Troublant. Surtout quand il la caressait.
Ornella lui pressait deux oranges chaque matin. Et le soir, le bordant, elle lui disait : « Dors, ange. »
Jeanne ne riait jamais jaune. Elle aimait Tristan Corbière et les tournesols.
Vera, c’était la verdeur, la jeunesse. Un parfum végétal, une fleur printanière.
Belle était belle, tout simplement. Et puis, elle était bleue de lui. Et elle chantait le blues avec mélancolie.
Inès, ses grands yeux sombres et ses tresses d’Indienne…
Mais, chaque fois, il se faisait un devoir de rompre. De découvrir ainsi, échec après échec, une facette de l’amour. Pour avoir tout appris. Pour avoir tout vécu pour elle. Tout vécu avant elle. La septième vie serait la bonne.
Et depuis sept ans, il aimait vraiment. Fidèlement.
Si bien qu’il estimait que la principale qualité de l’homme était d’être un mari honnête. Pas une marionnette, non. Simplement un mari honnête. Et que la qualité principale de la femme était d’être, forcément, une femme au net… Incorrigible, Esteban. Incorrigible et impayable.
Ce soir-là, quand il rentra, il poussa le bouton de la radio, comme d’habitude. Une navette spatiale avait explosé. Dans la bande de Gaza, un kamikaze s’était fait sauter. George Bush menaçait d’intervenir en Irak…
Heureusement, il y avait Violette.
Malheureusement, il ne la trouva pas.
Disparue, Violette. Envolée.
Juste un petit mot collé sur la télé. Un petit papier mauve au parfum de lilas, et son message d’adieu, à l’encre violette : « Tu ne me fais plus rire, Stéphane. Avec toi, il me semble que ma vie se fane. Je ne pars pas pour un autre. Je te laisse tout. Tu m’oublieras. »
Il entra dans la salle de bains. Comme il avait chaud, soudain. Comme il avait soif…
Il se servit au robinet, dans le verre à dents. Il but, c’était frais. Puis il releva la tête.
Et il vit sa tête. Et il vit les rides.
Il avait pris sept ans.
D’un coup.
Ces deux brefs récits ont été rédigés au cours d’un atelier d’écriture à partir de titres de films.
Taxi I
Il était une fois trois frères, Astérix, Obélix et Matrix, qui revenaient de vacances dans le taxi du parrain. Le parrain ? Ghislain Lambert, dit « le moustachu », dit «le sous-doué», qui avait remisé son vélo de course, sa belle bicyclette bleue, pour se reconvertir dans les transports urbains.
Astérix, Obélix et Matrix avaient passé quinze jours près du grand bleu et en revenaient tout bronzés. Le taxi tournait bien. La vie était belle. Un long fleuve tranquille.
Ils venaient de quitter Saint-Tropez quand ils tombèrent sur un gendarme.
- Vous avez franchi la ligne verte, dit le gendarme.
- Impossible, ici, la ligne est pourpre, répondit Ghislain Lambert, dit « le moustachu », dit « le sous-doué », qui était aussi daltonien, si bien que certains copains l’appelaient « Averell ».
- Vous vous foutez de moi ? Ce sont les rivières qui sont pourpres, répondit le gendarme. Outrage à agent, ça va chercher loin.
Le gendarme se préparait à verbaliser quand les trois monstres sortirent par les portières arrière : Fantômas, l’Homme au Masque de Fer et Hannibal le Cannibale.
C’était trop pour un seul gendarme, qui s’enfuit sans demander son reste.
- On a bien fait, dit Riri.
- De garder les masques, dit Fifi.
- Du carnaval de Venise, dit Loulou.
Avant de lancer d’une seule voix :
- Allez, parrain Ghislain, démarre. La soupe aux choux n’attendra pas !
Taxi II
Un automne à New-York. Sunset Boulevard au crépuscule (quoi de plus normal ?)
- Viens chez moi, j’habite chez une copine, elle m’avait dit.
La vie est belle, tout de même. Un automne à New-york, et déjà cette invite : « Viens chez moi, j’habite chez une copine ; toi, tu sais ce que veulent les femmes. What’s your name ? »
- Oscar, j’ai dit. T’as gagné l’Oscar…
C’était le début d’une american history X.
- Taxi ! j’ai dit.
Et hop ! C’est parti. Pas un mot durant le voyage. Mais le french lover à l’action. Mais le french kiss à foison. À pâmoison. Pour moi, c’était la résurrection. Je sortais d’un mariage raté : le soir des noces, j’avais découvert que ma femme s’appelait Maurice. Alors, j’avais fui vers mon fabuleux destin…
Et maintenant, cet automne à New-York. J’étais un E.T. dans la cité des étoiles. La résurrection, quoi. J’étais un seigneur, je pensais déjà aux anneaux, à l’église. Elle et moi, et les anneaux, et le prêtre un peu exorciste qui nous unirait…Le seigneur des anneaux… La vie était vraiment un long fleuve tranquille.
Taxi arrêté au bas d’un immeuble, une étoile dans le ciel.
Et puis l’ascenseur. Une porte qui s’ouvre.
Alors… les rivières pourpres… aussi profond que l’océan…
Et puis… fréquence interdite… il faut sauver le soldat Ryan…
L’ascenseur qui plonge. Et moi dans le taxi, et son rire encore dans ma tête, et son cri en claquant la porte : « 60 secondes chrono ! Bravo, Oscar, Bravo ! »

Nuage et eau figure parmi les cinq finalistes du Prix des Lycéens 2008-2009, organisé par la cellule “Culture - Enseignement” de la Communauté française de Belgique.
Pour en savoir plus et connaître les autres finalistes, cliquez ici.
un nouveau carnet
Paris peu avant midi
au Boul’Mich Café
lavazza express
dé à coudre de la tasse
café bien tassé
échassiers étranges
qui attisent le bûcher
les cracheurs de feu
la ville en folie
à la pointe de l’été
feux de la Saint-Jean
faute de cigales
dans le tiède soir du nord
le chant des crécelles
faisceau de flambeaux
qu’allume la même flamme
le feu fascinant
sambas et bossas
mille torches qui s’agitent
procession païenne
les enfants ravis
qui tout un long soir d’été
jouent avec le feu
le cercle élargi
les flammèches qui volètent
autour du grand feu
Pour lire les critiques consacrées à Norma, roman sur CL (Critiques Libres), cliquez ici.

Frameries - samedi 28 juin 2008
il souffle
il souffre
l’ombre joue

Paris - jeudi 3 avril 2008
Marilyn ?
Norma ?
Chiquita peut-être

Paris - mardi 15 avril 2008
la vie
est une spore
victorieuse