Ben Barka
28 07 2008
Je me souviens de l’affaire Ben Barka.
Catégories : Je me souviens
Je me souviens de l’affaire Ben Barka.
Je me souviens des “Scopitone”.
Je me souviens de l’effet Dopler.
Je me souviens du jour où ma mère acheta, à un marchand ambulant, un robot de cuisine de marque “ROTOR”, et de ma fascination devant ce palindrome.
Je me souviens d’une chanson comique intitulée Le curé contrebandier, dont toute la structure narrative était organisée pour permettre cette chute :
« Et le brave curé
Ennemi du mensonge
Répond d’un air très embêté :
Je veux que le diable me flambe
Si je ne dis pas la vérité
J’ai quelque chose entre les jambes
Mais c’est pour la dame d’à côté
J’ai quelque chose entre les jambes
Mais c’est pour la dame d’à côté… »
Ce récit a été rédigé au cours d’un atelier d’écriture animé par Michèle Naples.
Dans son Audi Quattro flambant neuve, il revenait des Jeux Olympiques. Il avait remporté trois médailles d’or au tir à l’arc et ne s’était pas fait prier quand il avait reçu en prime ce magnifique cabriolet offert par la firme allemande. Il avait juste dû satisfaire à quelques obligations publicitaires, puis on l’avait laissé tranquille.
Dans son Audi Quattro flambant neuve, il sillonnait les routes de Chine. Les Jeux, en effet, s’étaient déroulés à Pékin. C’était la première fois qu’ils avaient pour cadre un pays communiste, et l’événement ferait date. Les diplomates avaient dû résoudre, pour que le grand show puisse avoir lieu, pas mal de petits problèmes entre peuples divers : un vrai casse-tête chinois. Une union sacrée – peut-être un peu hypocrite – s’était finalement dégagée autour de l’idéal de Coubertin, et, comme chacun sait, l’union fait la force. Le mouvement olympique s’en était donc trouvé renforcé.
Dans son Audi Quattro flambant neuve, Wolfgang Petersen filait à travers les rizières. Il avait posé sur la banquette arrière la cage d’osier, finement travaillée, où pépiaient mélancoliquement deux oiseaux au plumage chamarré dont il était tombé amoureux sur le marché de Tien An Men : des inséparables.
Et il rêvait…
Il avait tout réussi, sauf son mariage.
Et les anneaux entrelacés, emblème de la marque allemande, au centre de ce volant gainé de cuir, lui rappelaient qu’un jour il s’était engagé pour la vie. Qu’un jour un anneau d’or avait cherché son doigt, qu’un jour deux alliances s’étaient croisées tandis que deux mains se joignaient.
Qu’était-elle devenue, cette épouse aux yeux clairs à qui il avait dit un jour : « Clara, je te donne cette alliance, signe de notre amour et de notre fidélité. » ? Cette Clara aux yeux de fontaine qu’il avait laissé fuir, tout à son rêve de gloire, de succès, de victoires?
Tel il songeait, dans son Audi Quattro flambant neuve, au sommet de la réussite, au sommet de la richesse, au sommet de la solitude…
La belle illustration qui orne la couverture de Norma, roman est de mon ami Salvatore Gucciardo.
La voici dans ses proportions originales avec, en prime, d’autres projets pour le même livre.
Que Salvatore soit ici remercié pour sa fidélité sans faille.






Ce récit a été rédigé au cours d’un atelier d’écriture consacré à Jean Ray.
Il avait pris pension pour le week-end dans ce petit hôtel des Ardennes belges que ses propriétaires avaient baptisé, avec une solide pointe d’humour noir : ” L’auberge des spectres “. C’était une bâtisse du siècle dernier, assez lugubre il est vrai, entièrement construite dans la pierre grise et froide que l’on extrait aux environs de Neufchâteau, et couverte de cette ardoise dont la noirceur bleutée domine depuis des siècles le paysage ardennais.
On racontait dans le pays qu’une malédiction pesait sur cette maison depuis la fin du siècle dernier : c’était déjà une auberge, dont le tenancier avait un jour, dans une crise de démence sans doute accentuée par un usage immodéré d’alcools divers, égorgé une jeune fille du village qu’il avait récemment embauchée comme servante. Pris de boisson, il avait tenté d’abuser d’elle ; elle s’était débattue, l’avait repoussé violemment. Sa tête avait heurté une solive, et là, il avait vu rouge. Saisissant un couteau de chasse, il avait tranché la gorge de la malheureuse, que l’on avait retrouvée baignant dans son sang. Puis, réalisant l’horreur de son acte, il s’était fait justice, se pendant à l’une des poutres de la charpente.
Les villageois prétendaient que, les nuits de pleine lune, les âmes en peine du tenancier et de la jeune martyre revenaient hanter les vieux murs de pierre et poussaient, lorsque le vent était au nord, d’étranges et sinistres hurlements de bêtes blessées. Le propriétaire actuel avait soigneusement entretenu la légende et maintenait dans la décoration un côté macabre qui séduisait pas mal de touristes en quête de sensations fortes : images d’Halloween ou de la nuit du Walpurgis, fausses ou vraies toiles d’araignées, éclairages savamment tamisés, coins d’ombre et têtes de morts rivalisaient pour entretenir un sentiment de peur diffuse et délicieuse.
Etendu sur le sofa de sa chambre, Gérard goûtait quelques heures de détente dans ce frisson fantastique qu’il affectionnait. Grand lecteur d’Owen, Ray, Bradbury, Hoffmann ou Lovecraft, il avait appris avec enchantement, de son vieil ami Lucien, l’existence de cet antre de mystère, et avait décidé d’y passer ces deux jours du congé de Toussaint.
Il eut soudain comme une absence, un passage à vide. Peut-être s’était-il assoupi ? Peut-être sa rêverie l’avait-elle entraîné trop loin ? Quand il secoua cette étrange torpeur, il constata que la porte de sa chambre était entrouverte. Il était pourtant sûr de l’avoir fermée avec soin, car il faisait froid : aucun nuage ne s’interposait entre la terre et le ciel, où la lune rousse et ronde semblait frissonner sous la bise glaciale venue des contrées boréales. Les corridors étaient chauffés avec parcimonie, tandis qu’une salamandre d’époque rougeoyait dans la chambre, irradiant une chaleur douillette qui incitait à l’abandon, au délicieux oubli du sommeil… mais la porte était entrouverte, distillant dans l’air étouffant de la chambre un courant d’air discret mais frais, comme un souvenir de vent du nord, qui incita Gérard à se lever pour aller clore l’huis récalcitrant. Comme il s’approchait, il lui sembla qu’un étrange rayon lumineux émanait du vestibule, pénétrant dans la chambre par l’étroite ouverture. Il crut aussi distinguer, dans le lointain, comme un gémissement de nouveau-né, ou le cri de douleur d’une bête prise au piège, un hurlement long et sourd, peut-être celui d’un rat pris à la gorge, lançant son dernier cri sous la morsure d’un chien qui ne lâcherait pas prise. Il secoua sa torpeur, poussa la porte, la franchit…
Elle était là, au bout du couloir, dans une sorte de halo, exactement telle qu’il l’avait vue sur la photo du Journal des Tribunaux affichée dans un cadre doré au mur de la salle de séjour, la jeune servante égorgée dans son costume suranné. Elle était là, jeune, belle et souriante, dans l’éternelle fraîcheur de ses vingt ans. Poussait-elle vraiment ce cri étrange et doux, ce miaulement rauque qui semblait sourdre d’elle sans que ses lèvres s’entrouvrissent autrement que pour ce sourire de Joconde ? Rêvait-il, ou l’appelait-elle ainsi, l’attirait-elle dans cette chambre dont elle poussait la porte, dans cette chambre noire comme l’Erèbe où il la rejoignait, stupéfait, comme mû par une force surnaturelle qui aurait pris possession de son cerveau, comme attiré par ce bijou curieux, croissant de lune d’or ou faucille miniature, accroché au ruban de velours noir qui ornait son cou blanc…
Il se réveilla, secoué par un bras robuste : ” Monsieur, monsieur… vous vous êtes trompé de chambre ! ”
L’aubergiste se tenait devant lui, ainsi qu’une femme de ménage au faciès lunaire, aux joues pâles parsemées de poils follets. Tous deux semblaient assez peu surpris de le trouver là. Ils lui expliquèrent que de tels cas de somnambulisme n’étaient pas rares dans l’auberge, étant donné le cadre paranormal, l’atmosphère fantastique, les émotions violentes que les touristes ressentaient immédiatement avant le sommeil. Ils le prièrent de bien vouloir quitter cette chambre, pompeusement baptisée “chambre de l’Erèbe “, qu’ils devaient préparer pour un nouvel arrivant.
Gérard ne se fit pas prier. Il avait hâte de quitter cette maudite auberge, où il avait passé l’une des pires nuits de son existence, une nuit de mauvais sommeil traversée d’absurdes cauchemars, dont il ressortait le corps brisé, affligé de surcroît d’un douloureux torticolis. Après un petit déjeuner sommaire, il plia bagages, régla sa note et sortit.
Quand il mit le pied dehors, le vent du nord l’agressa d’emblée. Dans le ciel clair du petit matin d’hiver, on pouvait encore distinguer le disque pâli de la lune. Il se décidait à affronter la bourrasque quand une voix paysanne l’appela : ” Monsieur, monsieur… vous oubliez ceci… ”
C’était la femme de chambre. Il ne fut même pas surpris quand elle déposa dans sa main ouverte un ruban de velours noir orné d’un croissant doré.
Dix ans ont passé. Malgré les recherches entreprises chez tous les antiquaires et bijoutiers des Ardennes, puis du pays tout entier, malgré les annonces et les offres de récompense publiées par les plus grands journaux, il n’a jamais retrouvé la propriétaire du ruban, à qui il voudrait tant pouvoir le rendre…
Daniel Charneux s’empare avec brio d’un des grands mythes américains : Marylin Monroe. Un mythe devenu mondial sinon éternel. Comment Norma Jean Baker jeune fille, jeune femme est-elle devenue cette icône du sexe et du phantasme Marylin Monroe dans une ambiance et un contexte qui a fait couler tant d’encre vu certains accompagnonnements, Frank Sinatra et plus encore les Kennedy brothers. Sans rien dire de sa mort : ce suicide mal constaté, non décrypté et lui aussi soumis à bien des rumeurs.
Daniel Charneux situe tout cela, recrée Norma sous Marylin au travers d’un de ces magnifiques trucs d’écrivains prenant appui sur la rumeur et la magie.
Et si elle n’était pas morte ? Mieux même et si elle vivait toujours ?
Recluse dans un endroit isolé, un désert, celui de Morjave vivant d’analyse introspective et de de regards tant sur son mythe que sur sa soi-disant mort et surtout reconstruisant toutes les étapes de Norma à Marylin vu qu’elle seule en connaît tous les prix.
La magie de l’écrivain est celle-ci : dans ce désert il y a une cabine téléphonique qu’on peut appeler et qui peut appeler.
Le romancier le sait et compose le numéro et parlera inlassablement avec une vieille femme qui se confie et lui confie Norma-Marylin.
Magique et réaliste.
Fort et émouvant.
La mite dans le mythe.
Le réalisme et le psy.
L’icône et les autres images, personnelles, dures et fièvreuses.
La vie après et dans la vie.
Un roman à ne pas manquer.
Denis Leduc
… Les mots ont vaincu le désert… écrit Daniel Charneux dans le prologue de ce roman.
Imaginez Norma Jean Baker, dite Marylin Monroe, assise dans son fauteuil d’osier, vieille femme fatiguée qui dodeline de la tête en ressassant ses souvenirs de poupée de chiffon, d’idole fauchée qui a choisi de se réfugier dans le désert de Mojave. Il fallait au moins ça pour accepter d’être celle que l’on ne photographie plus, qu’on ne voit plus. Une étoile éteinte. Rien qu’une vieille femme fatiguée qui soliloque.
Ce beau texte, à la langue travaillée comme une parure de Norma, l’autre, celle de Bellini, la grande prêtresse druidique trahie par l’amour et chantée par Maria Callas, est une méditation sur le temps, celui qui passe, celui qui nous terrasse. Qui nous dépouille de la grande illusion de l’image que nous espérions renvoyer. Pour ne plus être qu’humain…fragile et lourde… Histoire cueillie au creux des mains recroquevillées de Norma, histoire racontée à ce fils qu’elle a tant souhaité et qu’elle aurait pu avoir si… Et elle lui parle à ce fils… comme à un père…Et comme il a su trouver les mots pour dire et Norma, et Marilyn. Et comme il fallait sans aucun doute l’aimer. Fort.
Les mots ont vaincu le désert…
Mots ultimes. Mais qui d’autre, et quoi d’autre pourraient le vaincre ce désert, celui dans lequel nous croyons nous réfugier, celui que nous portons ? Mots pour nous donner peut-être l’espoir de nous rejoindre… ceux de Daniel Charneux.
Chantal Portillo, romancière.